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Les moments parfaits : Tu vas rire (Albin de La Simone)

Les moments parfaits sont des scènes inventées à partir d'une chanson, de ses paroles et/ou de son titre. Chaque texte est accompagné de la chanson qui l'a vu naitre et de quelques mots sur celle-ci.

Par Catnatt, le 01-03-2013
Musique

Intérieur – entrée de la maison des Vilar – Jour
4°, temps couvert, vent de force 10, humidité 22%
Le samedi 23 février 2013 – 11H15

– Madame Martine Vilar : sexe féminin, née le 14 mai 1971 à Dijon (21), blonde, yeux bleus, 1m56, assistante médicale, mariée.
– Monsieur Pierre Vilar : sexe masculin, né le 14 juillet 1967 à Nice (06), brun, yeux marrons, 1m75, commercial pour une marque de voiture, marié.
– Vincent : sexe masculin, né le 23 décembre 97, brun, yeux marrons, 1m75, lycéen.
Une maison pimpante de la banlieue parisienne.

La sonnette retentit chez les Vilar. Madame se précipite à la porte pour l’ouvrir. Elle fait face à Vincent.
« – Bonjour » dit la maîtresse de maison avec un sourire.
L’adolescent est emprunté. Il se dandine, gêné.
– Oui ? »
Il se décide brusquement : Monsieur Vilar est là ?
– Non mais il ne devrait pas tarder. Madame Vilar penche la tête un peu intriguée. Et qu’est–ce que tu lui veux ?
Vincent a l’air paniqué : je préfèrerais voir avec lui si ça ne vous ennuie pas.
– Hum. C’est un peu court comme explications, jeune homme. »
Une voiture se gare devant l’allée. Monsieur Vilar descend de sa voiture et se dirige vers sa femme et le jeune homme.
« – Hello ! Que se passe-t-il ? Qui est-ce ? demande-t-il perplexe.
– Il souhaitait te voir.
– Hé bien ? C’est à quel sujet ?
Vincent se gratte la tête : on peut se voir seuls s’il vous plait ?
– Comment ça ? Mais je n’ai rien à cacher à ma femme » s’exclame Monsieur Vilar entourant de ses bras sa femme.
La situation devient gênante. Un silence s’installe.
Vincent a l’air complètement paniqué face à ces deux adultes, intrigués : « hé bien… Heu… Oh et puis merde à la fin ! Je suis votre fils ! »
Madame Vilar recule tout en ôtant le bras de son mari de son épaule.
« – C’est une caméra cachée ?! C’est cette connasse de Valérie qui nous a piégés ?! bégaye-t-elle en s’asseyant sur une chaise de l’entrée. Elle se tourne vers son mari.
– …
– Ben dis quelque chose, Pierre !
– Vous êtes bien Pierre Vilar ? Risque Vincent.
– Je me demande aujourd’hui…
– C’est pas vrai ! Mais dites-moi que je rêve ! S’exclame sa femme.
Monsieur Vilar blêmit : finalement, on va peut-être avoir une discussion tous les deux. C’est quoi ton prénom ?
– Vincent.
– Ha non, j’crois pas que vous allez avoir une discussion tous les deux. Ha non ! C’est quoi cette histoire, Pierre ?!
– Tu vas rire… »
Madame Vilar regarde son mari les yeux exorbités. A ce moment-là, les deux enfants du couple débarquent dans l’entrée.
« – Les enfants, dans vos chambres immédiatement ! (Les enfants s’exécutent)
– Putain, putain, putain, marmonne Vincent.
– Je vais te tuer !
– T’emballes pas ma chérie. Monsieur Vilar tente d’approcher sa femme qui lui fait signe que ce n’est pas envisageable, son visage est devenu menaçant.
– Je vais te pulvériser.
– Voyons…
– Ça craint, s’il se passe un truc, y’a clairement préméditation, fait Vincent.
Madame Vilar se tourne vers lui, l’œil mauvais. Vilar tente de calmer le jeu : mais rassure-toi, tout va bien ma chérie, je vais t’expliquer… »
Madame Vilar éclate d’un rire de folle.
– « Elle va pas nous péter une durite ?! Interroge Vincent.
Monsieur Vilar se passe la main dans les cheveux : Réfléchissons…
Madame Vilar se lève et se plante face à son mari, très près de son visage, éructant : Oui, t’as raison, réfléchissons, c’est pas comme s’il avait fallu le faire avant, ducon ! Et puis m’en parler, j’imagine que c’était pas une priorité ?!
– Y a Maman qui m’attend dans la voiture, explique Vincent.
Madame Vilar s’appuie contre le mur, la main sur le cœur et paniquée : Il manquait plus que ça ! C’est ma journée !
Vincent s’agace : Ben c’est sa femme, en même temps, hein !
– Parce que tu as été marié avec elle ?! Je vais te tuer !
– Tu t’emballes, ma chérie, je t’assure que toute cette histoire prend des proportions hors de propos. Certes, j’ai omis quelques détails de mon passé mais c’est pas comme si c’était important, tu penses, sinon, je t’en aurais parlé !
– Sympa, réplique Vincent.
– Non mais tu me comprends, enfin… Tu vois ce que je veux dire quoi.
– Pas vraiment ! Répond Vincent.
– Je vais le tuer !
– Le problème, c’est qu’il n’a jamais divorcé, précise Vincent. »
Madame Vilar accuse le coup, regarde tour à tour son alliance et son mari.
Monsieur Vilar : « Tu vas rire…
Vincent : Ou pas.
Vilar embraye : je ne sais pas, je ne sais pas comment j’ai pu en arriver là. Les choses se sont enchaînées et tu voulais tellement un homme parfait, ma chérie. Je t’aime, tu le sais bien, j’ai fait ça pour toi. Par amour.
Vincent se marre : C’est réussi !
Madame Vilar se redresse, rouge de rage : J-j’y crois pas, il va me la faire à l’envers ! Je vais te tuer ! Je vais te réduire en petits morceaux, je vais te déchiqueter, je vais te réduire en bouillie, on va divorcer et je vais te mettre sur la paille ! Tu ne verras plus jamais les enfants, je vais le dire à tout le monde, t’entends ! Je vais dire quel genre d’homme tu es ! Un sombre connard, voilà ce que tu es ! Un polygame, j’ai épousé un putain de polygame ! Allez hop, tout le monde à la porte, ça suffit ! »
Madame Vilar empoigne le père et le fils qui se laissent faire et les fout à la porte. Elle la claque.
On l’entend hurler : « JE VAIS LE TUER ! »
Un silence s’installe.
– « Bon, Vincent, soupire Pierre, je te propose qu’on aille déjeuner avec ta mère pour discuter de tout ça.
– Et elle ? fait Vincent en regardant la porte.
– Bah Martine, elle s’emballe toujours mais tout ira bien. C’est une sanguine, elle est très émotionnelle mais elle va se calmer, t’inquiète. »
Vincent hausse les sourcils mais accompagne son père qui commence à descendre l’allée.
– « C’est ta mère qu’on voit dans la voiture ? (sifflement admiratif). Elle est toujours aussi séduisante ! Vilar fait un clin d’œil à son fils.
– Papa ?
– Oui ?
– T’es toujours comme ça ? Toujours cool ? C’est quoi « grave » pour toi ? ne peut s’empêcher de demander Vincent.
Le père prend son fils par les épaules.
– Je suis comme ça, j’ai toujours été comme ça, dit–il avec un grand sourire, c’est la vie, mon fils, c’est que de la vie ! »

Tu vas rire est une chanson d’Albin de la Simone sur l’album Un homme publié en 2013 sur Tôt ou Tard /VF Musiques. Cette chanson me fait à la fois grincer des dents et beaucoup rire. La mélodie est belle, touchante, entraînante alors que le texte est cruel et ironique. En fait, c’est une chanson française comme je les aime : profondément humaine. Parce que même si le type du morceau est atroce, il n’en demeure pas moins que sa désinvolture est séduisante, comme le coeur si incompréhensible de certains hommes…

Crédits photos : Serge Lebron