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Euro-punk 1976-1980

Par Arbobo, le 16-10-2013
Analyses et critiques
?
Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)
L'exposition "Euro-punk" pose ses valises à la Cité de la musique de Paris, plus de deux ans après sa création à la vénérable villa Médicis de Rome. L'occasion de reprendre mes notes publiés à l'époque sur le sujet.

Les punks à chiens, c’est l’insulte suprême, la lie de Bastille, la déchéance d’un “non” qui mendie.

Voilà. Vomit un bon coup et barre toi, le punk.

Holala la méprise, holala la méconnaissance du mouvement et de ses subtilités ! Ok, avec le punk y’a méprise totale, depuis le début, entre les gens qui le font et l’image qu’ils renvoient. Mais comme le punk fait un gros doigt à la société et commence à s’inquiéter quand il ne dégoutte plus le bourgeois, c’est tentant de se vautrer dans la caricature. Et parfois c’est même marrant d’en rajouter gratuitement.

N’empêche que le mouvement punk veut quand même dire quelque chose, et qu’il a sa puissance. Pas seulement un gros rot dans le micro. Ce serait trop simple, que des sans études, sans avenir, sans classe, n’aient laissé aucune trace. Certains en seraient rassurés, mais non.

Punk = zombie. Tu le tues, il s’en fout, il était mort en dedans depuis longtemps. Blague distinguée : c’est quoi un punk mort ? Ben… c’est un punk. Il se lave pas, c’est pas mort et putride qu’il sentira plus mauvais, ton punk. Il fait toujours autant chier, il est toujours aussi incapable de sonner “joli”, pas sortable le punk. Du genre à parler des pratiques sexuelles les plus gores juste le soir où ta cousine pré-pubère vient passer le week-end. Et ça le fait rire, surtout quand il te voit décomposé.

Quand on a dit ça on sait que le dernier endroit où les punks mettront le bout de la queue, c’est un musée. Alors la villa Medicis, Académie de France à Rome, ce truc institutionnel avec jardin à la française et petits fours, même pas en rêve.
…Perdu.

Le pire, c’est que le commissaire de l’expo n’est autre que le directeur, et qu’il porte un nom à particule. Eric de Chassey, tu parles d’un blaze pour un mec qui expose la trombine d’Elizabeth II sous tous les angles. Alors les keupons on les connait, surtout si on s’arrête en 1980 ça fait 30 ans que ça tourne sur la platine. Du coup on va causer d’Eric le punk de la Médicis. Il a pas chié le truc, il la met raide dans le mille. Pourtant rater une expo sur la musique, rien de plus facile.

Neuf salles. Bancal le chiffre, mais il épouse le lieu bizarroïde, et puis il y a cette salle à la fin, on la louperait presque, avec ses trois postes vidéos, et un qui font dix.

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C’est une exposition, et la musique dans une exposition s’ennuie, s’emmerde, distrait, c’est encore plus vrai pour le punk qui n’est pas là pour distraire.

La première idée c’est de virer la musique. C’est une exposition, et la musique dans une exposition s’ennuie, s’emmerde, distrait, c’est encore plus vrai pour le punk qui n’est pas là pour distraire. Du coup la plupart des salles sont muettes, et encore, les autres contiennent une vidéo, pas plus. Le punk se prêterait franchement mal à être transformé en bande son accompagnant le promeneur, pardon le visiteur.
Le punk a besoin d’un peu de saleté et d’une bonne dose de spontanéité, de vitalité. Du coup les quelques vidéos parsemées dans l’exposition sont toutes des captations live (pas des clips, surtout pas), et jamais des extraits d’albums.

Ces films sont à la fois ce qu’il y a de plus pauvre visuellement (aucun travail filmique ni même de montage, son médiocre, image cheap), et la seule manière de faire entendre du punk dans un tel cadre. Entre Une pochette de disque et un tract, tout d’un coup, les Pistols qui beuglent « Anarchy in the UK », ou the Clash qui nous balance White riot comme un bon coup de Dc Martens entre les jambes.

Le punk est déjà assez minimaliste, si on vire la musique il reste quoi ? Il reste la pose, les branleurs inspirés assez doués pour faire du fric avec celui des pauvres, on a nommé Malcom McLaren et Vivienne Westwood, qui ont accompagné la naissance du punk en le transformant d’emblée en “mouvement”, avec ses codes, avec sa mode. D’où cette première salle consacrée aux Sex pistols, gênante la salle, très gênante, il y a tellement d’objet, de photos calibrées pour les médias, d’accessoires, que ça pue le marketing.

Pêché originel, McLaren était un pro du marketing, un docteur ès image, la musique et la contestation si ça se trouve il s’en foutait complètement. On peut toujours moquer un Sid Vicious con comme une valise sans poignée, le vicieux c’était clairement le manager. Assez pour mettre un préado nu sur l’affiche du concert au Chalet du lac, aussi. Autre époque.

Le n°0 de "Un regard moderne"

Le n°0 de “Un regard moderne”

Salle deux, le choc. Du visuel, la dose. Le collectif Bazooka créé entre étudiants des Beaux-arts de Paris, Loulou et Kiki Picasso (des pseudos), Electric clito, qui éditent avec l’aide de Libération un vrai magazine radical, Un regard sur le monde. Mot d’ordre, “pour une dictature graphique”. Paris c’est l’autre centre de l’exposition, qui n’est pas si européenne que ça mais plutôt franco-anglaise. Parce que Métal Urbain, et les tracts de ses concerts au Rose bonbon. Parce que Hector Zazou, et un Paris underground et interlope qui emmerde celui glamour du Palace (panik au palace, tout un programme).

Clairement la salle la plus trash et la plus intéressante du lot, avec la suivante. Tout un mur composé de pages du magazine Façade d’Ardisson, de Pacadis, Mondino, Yves Adrien. Finalement t’invites un punk et tu te retrouves bel et bien au Palace le nez dans le bol de poudre (et une 33 export entamée à la main), ça rime à rien.

White riot, n’oublie pas!

Dès que l’expo s’essaie au concept, avec une sculpture allégorique sur un titre de Joy Division, elle se plante. White riot, n’oublie pas ! Les affiches de Crass, le vrai grand groupe punk politique anglais de l’époque, les fanzines allemands et néerlandais, c’est là que ça vibre le plus. Le déclin vient progressivement. Une salle bourrée de pochettes de 45 et de 33, X-ray spex, Nina Hagen, Stinky toys, the Fall, Buzzcocks, ils sont tous là. On en ressort prêt pour la victoire de la new wave, le punk est presque enterré et la new wave porte beau, le langage visuel de Peter Saville claque un truc monstrueux.

C’est peut-être graphiquement que le punk aura été le plus important, sait-on jamais. Les murs des villes et les récup publicitaires semblent le démontrer. En tout cas, pour une fois, les punks peuvent remercier un commissaire.

Joy Division à la télé, épilogue. Fin de l’histoire. Petit café face aux jardins à la française. On pisse sur les géranium et on met les bouts.

Euro-punk est à la cité de la musique de Paris jusqu’au 19 janvier 2014
Avec plusieurs concerts