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L’Apocalypse selon Magda, l’adolescence à l’épreuve de la fin du monde

Par Henri Rouillier, le 20-01-2016
Analyses et critiques
?
Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

Un matin, Magda, 13 ans, sort de son cours de sport. C’est la récréation, elle échange quelques passes au ballon avec son copain Léon, quand les profs demandent aux élèves de se rassembler parce que le proviseur a une annonce à faire. L’homme a le visage grave, il a l’air ému. On imagine sa voix tremblante. “La nouvelle est tombée ce matin. [...] Dans un an, le monde va disparaître.” C’est officiel, les scientifiques tablent sur une série de catastrophes naturelles qui engloutiront le monde ainsi que la vie sur Terre. Les radios et la télévision sont en boucle. Aucun doute n’est possible. Malgré tout, Magda refuse presque d’y croire. Le lendemain, elle se réveille fraîche et heureuse, c’est son anniversaire. Seulement, au petit-déjeuner, tout le monde semble l’avoir oublié. Et pour cause, son père est parti dans la nuit avec une autre femme. “La vie ne peut plus rester confortable, je veux qu’elle devienne éclatante”, lit-elle sur la lettre qu’il a laissé. Léon commence à fumer. Julie, la copine d’école et la voisine, part en pèlerinage avec ses parents. Dans sa classe, les élèves se font rares, les professeurs aussi.

Que ce soit la famille, l’éducation ou même la santé, tout ce que nous essayons de préserver ou d’accumuler – dans une hypothétique stratégie de maximisation de l’espoir – devient instantanément invraisemblable.

Avec “L’Apocalypse selon Magda”, Chloé Vollmer-Lo (scénario) et Carole Maurel (dessin et couleurs) s’intéressent avant tout à la persistance des principes de chacun, dans une situation dont l’issue malheureuse est connue de tous. Peut-on, face à la mort imminente, continuer de s’enchaîner à des structures ou des concepts qui célèbrent en eux-mêmes le long terme ? Que ce soit la famille, l’éducation ou même la santé, tout ce que nous essayons de préserver ou d’accumuler – dans une hypothétique stratégie de maximisation de l’espoir – devient instantanément invraisemblable. Chacun réagit alors comme il peut : Léon se retire progressivement du monde, le père de Magda se réfugie dans l’égoïsme le plus sec et Julie se désespère de n’avoir jamais fait la fête. Magda, elle, flippe de tous ses repères qui sont en train de voler en éclat. Pendant ce temps-là, les magasins sont dévalisés. L’électricité disparaît peu à peu. Il n’y a plus de médecins, plus de politiques, plus de police. Le monde est manifestement en train de couler avant son terme.

Le point que Chloé Vollmer-Lo aborde ici avec finesse, c’est évidemment celui de l’adolescence. Contrainte par l’échéance, Magda vieillit comme elle respire. Malgré elle, elle est avalée par l’adulte qu’elle est en train de devenir, même si justement, à 13 ans, on n’est pas adulte. La vie de Magda s’emballe alors et chaque péripétie, chaque rencontre, chaque décision semble être le produit d’un instinct diffus, de la trajectoire que prend ce grand bateau rempli d’âmes plus ou moins sombres que devient le monde, au fil des quatre dernières saisons qu’il reste à traverser. Servi par le dessin réaliste, les couleurs souvent douloureuses et l’expressivité des visages de Carole Maurel, “L’Apocalypse selon Magda” se lit comme une fable… à ceci près que la morale n’a a priori rien à faire dans un évangile.