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Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre de Jean-Marie Pottier : la résonance et le symbolisme

Par Benjamin Fogel, le 27-10-2016
Analyses et critiques
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Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

Dans son premier essai, Indie Pop – 1979-1997, publié aux éditions Le mot et le reste, Jean-Marie Pottier réalisait une sélection de 100 albums essentiels de la pop anglaise. Alors que ce genre d’exercice s’avère souvent difficile à mener à bien – il faut sans cesse jongler avec les idées pour ne pas tomber dans le catalogue répétitif de textes poussifs et didactiques –, Jean-Marie Pottier en faisait une véritable aventure historique parsemée d’histoires et d’anecdotes inattendues, toujours choisies avec soin, sans jamais se contenter des plus graveleuses d’entre elles. Ce souci de l’anecdote sensible, de l’exemple qui fait sens et du détail qui change tout semble au cœur du travail de Pottier, et se retrouve dans son nouveau livre, Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre, toujours chez Le mot et le reste.

D’un sujet potentiellement limité qui chez d’autres se serait matérialisé sous la forme d’une liste de chansons traitant de l’événement, Jean-Marie Pottier tire un texte très riche à la fois en termes de construction, dont les circonvolutions maintiennent toujours l’intérêt du lecteur, qu’au niveau de son contenu, Pottier multipliant les références inattendues, appuyées par des citations et des interviews. Successivement, il aborde l’impact des tragédies sur la création, interroge la place que peut occuper la musique face à la douleur, évoque les albums sortis ce jour-là, mais aussi tous ceux qui, sortis avant ou après, résonnent avec l’événement. On plonge dans le lien entre un pays, ses traumatismes, sa musique, ses hymnes et ses figures.

Un essai sur le symbolisme en musique et sur la nécessité d’analyser et d’expliquer celle-ci

Il en ressort un essai sur le symbolisme en musique et sur la nécessité d’analyser et d’expliquer celle-ci pour comprendre ce qu’elle renferme et l’apprécier à sa juste valeur. Les paragraphes du livre consacrés à la chanson « Jesse » de Scott Walker sont à ce titre éloquents. Pour parler du 11 septembre, le post-crooner américain évoque Jesse, le frère jumeau d’Elvis Presley et reproduit le magma sonore de l’effondrement des tours jumelles sur un riff du king. À lui seul, ce passage rappelle combien il est essentiel d’écrire sur la musique.

Il est difficile d’aborder un événement mondial comme le 11 septembre sans ressentir le besoin de raconter ce que l’on faisait au moment de la tragédie. Pourtant, Jean- Marie Pottier ne dit jamais dans Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre, ce qu’il faisait ce jour-là. Il s’efface derrière son sujet, en soulignant que malgré l’aspect tentaculaire des thèmes abordés, tout n’y a pas sa place. L’impression qui ressort du livre est que le rapport entre le 11 septembre et la musique ne diffère absolument pas de notre rapport à la musique en général. Le livre est juste une illustration de ce rapport si particulier où les chansons s’imbriquent sans cesse dans notre quotidien, interagissent avec lui, et donnent une coloration à tous nos souvenirs. Il y a toujours un sens dans les chansons, dans le pourquoi nous nous les rapproprions ou les écoutons en boucle. La musique est itérative. Les chansons se consomment encore et encore, et l’obsession que nous nourrissons à leur égard est bien différente de celles que nous entretenons avec des livres ou des films, lus et vus un nombre limité de fois, avec un niveau de concentration élevé qui ne permet pas au monde extérieur de se greffer dessus. Du coup, Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre, sonne comme une volonté d’écrire un livre sur l’expression éculée qui veut que les disques soient les bandes sons de nos vies, mais en conférant un vrai sens à celle-ci via le meilleur exemple possible, celui d’une des plus grandes tragédies modernes aux répercussions symboliques encore bien présentes.