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PS’Playlist mars 2017

Par Le collectif Playlist Society, le 31-03-2017
PS'Playlist
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Les PS’Playlist sont des playlist mensuelles où chaque membre de Playlist Society – qu'il fasse partie de la team musique ou non – propose son morceau du mois, en accompagnant celui-ci de quelques mots. (Voir tous)

01. Elohim – Hallucinating, mariachi version (Arbobo) elohim_hallucinating_mariachi-version
Extrait de “Hallucinating” (single) – 2016 – Pop sucrée
Et mon masque, tu l’aimes mon masque? Et ma mèche qui tombe sur mon visage, tu l’aimes ma mèche? La pop de l’invisible ou masquée Elohim est sucrée, très sucrée. Malgré son nom qui renvoie à la mystique juive et les interviews où elle revendique une spiritualité forte, ce n’est pas tellement ce que vous entendez dans ses morceaux. Et pourtant… vous avez parfois l’impression d’halluciner à jeun, que rien ne va comme il devrait. Hallucinating parle de cela. Et pour fêter le printemps, quoi de mieux que la version californienne en diable de son single, remixée par elle-même en version mariachi (une sorte de mambo à la Herb Halpert 2017). Elle est bien meilleure que la version d’origine, trop synthétique. Le réel est dans les paroles, l’échappatoire dans la musique. Et quelque part entre le cerveau et les pieds, on peut gigoter du nombril en fredonnant les parties de trompette. Le message subliminal est limpide : no more Trump, more trumpet :-)

Young fathers02. Young fathers – Rain or shine (Erwan Desbois)
Extrait de “White men are black men too”  – 2015 – Shaker écossais
Trainspotting 2 n’a pas que des qualités, mais il en possède une très grande à mes yeux : m’avoir fait découvrir la musique du groupe écossais Young fathers, dont trois chansons sont présentes dans la bande-originale du film : une de leur premier album (Get up de « Dead »), une de leur second (Rain or shine de « White men are black men too ») et une inédite (Only God knows). Des trois, c’est Rain or shine que je retiens plus particulièrement pour cette playlist, car elle exprime parfaitement ce qui me saisit dans les compositions du groupe : à quel point elles parviennent à être à la fois énervées et enjouées, complexes et simples, brutes et sophistiquées.

03. Mickey Avalon – I’m an Artist (Guillaume Augias)61i3i8ufUrL._SS500
Extrait de “Teardrops on my Tombstone”  – 2017 – Glory Hop
Dix ans déjà depuis le flamboyant “Waiting to Die” et son invention d’un rap trash et drolatique (“A little bit country and a little bit punk”). J’écoute ce nouveau titre du reptile angeleno Mickey Avalon comme je croiserais de jour une ancienne connaissance exclusivement vue la nuit. Incrédule, je me souviens et tâche de faire la part des choses. Et puis à quoi bon. L’énergie destructrice n’est plus celle du temps de son collectif des Dyslexic Speedreaders et de leurs battles salaces, mais qu’importe. Avalon a appris à tracer la route la plus droite vers son style improbable. L’humour de faux pimp et un certain amour de soi font le reste. L’éloge de son own private ratage est euphorisante à souhait.

08ffd68d3d950a693dcdc9d9ced8814804. Depeche Mode – Where’s the revolution (Isabelle Chelley)
Extrait de “Spirit” – 2017 – new wave inoxydable
Des nappes de claviers sur un beat à la fois trainant et martial, la voix de Dave Gahan qui ne s’emballe jamais tout à fait et ce refrain incitant à se bouger le fondement avant qu’il ne soit trop tard, le tout dans un climat agréablement tendu : Depeche Mode réalise avec son dernier single un paradoxe très plaisant. Parler de révolution avec un détachement élégant typiquement new-wave, inciter les masses à se soulever ou peut-être juste à bouger le cul du canapé pour le secouer sur la piste de danse, c’est du dandysme, assumé ou pas. Je ne doute pas de la sincérité du propos des Anglais, mais je ne peux que sourire devant ces intentions révolutionnaires aussi pressantes que les miennes. Et puis s’il faut danser au bord du volcan, autant le faire avec une bande-son classe…

05. Mount Eerie – Real Death a0249360790_10
Extrait de “A Crow Looked at Me” – 2017 – Éloge
Je n’ai pas grand chose à ajouter à ce fantastique papier déjà publié chez Pitchfrok sur cette nouvelle sortie de Phil Elverum, éloge pour sa défunte épouse, l’incroyable Geneviève Castrée. Phil Elverum y abandonne ses métaphores, ses images et sa mythologie, pour une réalité bouleversante. Pas voyeur pour un sou, pas racoleur, juste l’expression de son deuil. A Crow Looked at Me est aussi majestueux et lumineux qu’il est triste.

06. Mondkopf – Vivere, Pt. 2 (Benjamin)a1541346023_10
Extrait de “They Fall But You Don’t” – 2017 – Experimental
Compte tenu du talent de Mondkopf et de la facilité avec laquelle il crée des univers, j’ai toujours cru que sa carrière évoluerait vers des musiques plus accessibles qui lui permettraient de toucher plus de monde. Mais à l’écoute de son nouvel album au titre explicite – They Fall But You Don’t ,dont l’écriture a débuté la nuit du 13 novembre 2015 –, il semble que je me sois bien trompé. Mondkopf ne deviendra jamais un objet branché. Sa noirceur ne lui vaudra jamais des coups de projecteurs. Il préfère creuser le sillon qui l’a vu naître et produire une musique anxiogène emplie de convictions artistiques.

grandaddy last place07. Grandaddy – That’s What You Get for Gettin’ Outta Bed (Alexandre Mathis)
Extrait de “Last Place” – 2017 – pop-rock
C’est un peu le comeback le plus inatendu de ces dernières années, Grandaddy, que je prononcais toujours dans ma tête “Grandandy”, allez savoir pourquoi, ressort un album. Pas aussi connus que les Supergrass, ils partagaient pourtant une certaine grâce rock de mes années adolescentes. Si Last Place commence bien, c’est dans sa seconde moitié que sa puissance a fait bondir mon coeur de bonheur. Il faut écouter l’enchainement That’s What You Get Gettin’ Outta Bed, This Is The Part, Jed the 4th et A Lost Machine pour ressentir la grandeur de ce retour. J’ai mis dans la playlist le premier des titres cités, mais pour moi, ils ne font qu’un. Toujours dandys, toujours grands.


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08. Spoon – Shotgun (Marc Mineur)
Extrait de “Hot Thoughts” – Rock Tendu 
C’est toujours la même chose avec Spoon, album fameux après album marquant. Les premières écoutes ne sont pas à la hauteur de l’attente souvent immense et puis voilà, l’oeuvre des Texans grandit, encore et toujours. Avec quelques semaines de recul, il ne fait plus aucun doute qu’on tient ici une des meilleures choses qu’on entendra cette année. Que choisir dès lors, sachant que c’est dans les morceaux supposés moins marquants qu’ils bâtissent leur constance. Ce sera donc Shotgun, pour sa guitare qui pourrait une version sèche d’I Was Made For Loving You de Kiss et puis ce You’re the one who brought a shotgun/You’re the one that made it no fun.

ca-narrive-quaux-autres09. Michel Polnareff – Ça n’arrive qu’aux autres (Thomas Messias)
Extrait de la bande originale de “Ça n’arrive qu’aux autres”  – 2017 – Work in progress
Plus connu pour être à l’origine de la love story Deneuve – Mastroianni que pour ses qualités cinématographiques, Ça n’arrive qu’aux autres est pourtant un drame aussi singulier que réussi sur la vie après la perte d’un enfant. Bien avant d’être privée de sa fille Marie par Bertrand Cantat, Nadine Trintignant avait su trouver le ton juste. La singularité de l’écriture et du cadre sont des inspirations actuelles. Le film en dit beaucoup tout en en faisant très peu, à l’image de la chanson-titre de Michel Polnareff, qui fait le tour de la question en moins de deux minutes. Il y a, dans le projet sur lequel je travaille avec celle que j’aime, l’ambition d’atteindre cette sorte d’épure cinglante qui fait que tout est dit.

Manset - 287010. Gérard Manset – 2870 (Christophe Gauthier)
Extrait de “2870” – 1978 – Progressif français tendance épique
Fuck les nouveautés. Ce qui m’a mis à terre ce mois-ci, ce ne sont pas les derniers Drake ou Depeche Mode ni l’annonce du prochain Kendrick, mais des vieilleries, genre Colette Magny ou ce morceau épique et futuriste de Gérard Manset, 2870. Son « indigestion de guitare électrique », comme le décrivait son auteur. L’album qui a donné son nom à ce titre n’est jamais ressorti dans sa forme originelle, ses titres ayant été éparpillés sur diverses rééditions et coffrets : une manie chez Manset, qui ne cesse de réécrire sa propre histoire. Ce type est fascinant et son œuvre l’est tout autant.