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Laetitia Sadier Source Ensemble : Find Me Finding You

Par Arbobo, le 12-04-2017
Analyses et critiques
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Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

La constance de Laetitia Sadier est remarquable. En laissant de côté le tout premier disque de Monade, recueil de notes éparses enregistrées en marge de Stereolab, toute son oeuvre solo fait preuve d’une belle unité aussi bien d’un point de vue musical qu’en terme d’écriture.

La colonne vertébrale est solide. La guitare structure les compositions. La rythmique est répétitive parfois, brésilienne souvent, mais les influences se retrouvent d’un disque à l’autre. Jamais ses disques ne semblent déséquilibrés. Pas de chansons mauvaises ni de morceaux décalés au point de ne pas trouver leur place sur le disque. Même la continuité avec Stereolab est évidente, y compris dans la variété de formes qui se déploient autour du fil conducteur de chaque album. Les premières mesures de “Undying love for humanity” réveillent donc des plaisirs connus. Find Me Finding You est déjà son 7ème album avec ses propres projets, sous son nom ou comme leader. En dépit de notre immense tendresse pour Monstre cosmic, on aura bien du mal à conseiller un disque plutôt qu’un autre. Autant dire que celui-ci ne déçoit pas le fan.

Le volètement qui annonce l’arrivée de la trompette sur “Love captive” est proprement réjouissant

Dès que l’on creuse, que l’on porte attention aux détails, cette impression générale d’unité de son oeuvre fait place à beaucoup de complexité. Dans les thématiques abordées, déjà. Les trois albums de Monade contenaient des fictions, parfois aux portes du fantastique. Le funk speedé de “Fragment pour le future de l’homme” (sur Silencio) était assez inédit, par exemple, avant une belle tranche de soul sur le disque suivant. Le EP La piscine contenait un formidable néo-psyché concocté avec Richard Swift (“MG 3333″). Ici ce sont les touches de jazz qui signent la présence du Source ensemble et la singularité de cet album. Le volètement qui annonce l’arrivée de la trompette sur “Love captive” est d’ailleurs proprement réjouissant (c’est Rob Mazurek qui est au cornet). Sur ce morceau, Sadier est en duo avec Alexis Taylor de Hot Chip, ce qui étend encore sa large palette de featuring et partenariats. Une véritable merveille que ce “Love captive”. Un autre moment notable de l’album est l’utilisation, nouvelle chez Sadier, des claquement de mains sur “The woman with the invisible necklace”.

Le plus bel instrument de Laetitia Sadier reste sa voix. Avec le temps, elle a développé plusieurs types de chant, et acquis une technique extrêmement solide et juste. Du coup le choix de laisser sa voix fausser dans les graves sur “Galactic emergence” déroute, elle y chante comme si elle ne s’entendait pas. C’est d’autant plus inattendu que la production est, comme d’habitude, d’une qualité rare. Le groupe est chaleureux, affûté, et cosmopolite comme il se doit. Une forme d’internationalisme est à l’oeuvre. Avec sobriété, élégance mais fermeté.

Plus le temps passe, et plus elle ajoute à sa dénonciation du capitalisme des invitations à l’action collective

La douceur avec laquelle Laetitia Sadier invite le peuple à s’organiser pour combattre “le fétichisme de la marchandise” n’est pas une contradiction. Elle a le calme de la certitude. La force sereine de celle qui se tient du côté de la justice. Plus le temps passe, et plus elle ajoute à sa dénonciation du capitalisme des invitations à l’action collective. Une partie des paroles de “Committed” sont tirées du film situationniste de Jean-François Brient La route du sud-ouest. Cinéphile et grande lectrice d’écrits politiques, Laetitia Sadier a le don de vous faire découvrir des références pointues.