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L’Amant double : oh…

Présenté le vendredi 26 mai 2017 en Compétition Officielle. Déjà en salle.

Par Alexandre Mathis, le 27-05-2017
Cinéma et Séries
Cet article fait partie de la série 'Cannes 2017' composée de 22 articles. En mai 2017, la team cinéma de Playlist Society prend ses quartiers sur la Croisette. De la course à la Palme jusqu’aux allées de l’ACID, elle arpente tout Cannes pour livrer des textes sur certains films forts du festival. Voir le sommaire de la série.

S’il y a bien une qualité que l’on ne peut pas enlever à François Ozon, c’est sa capacité à surprendre. Non seulement le réalisateur change aisément de style entre chaque film, mais surtout il aime prendre des chemins de traverse au sein d’un même long-métrage. Qu’il s’agisse du récent Frantz et sa seconde partie en France ou du troublant Sous le sable, Ozon a de l’audace. La promotion de ses films a ainsi tendance à nous mettre sur une fausse piste. Si les réussites sont diverses (résultats délicieux pour Huit femmes ou Potiche, compliqués pour Une nouvelle amie ou Ricky), merci à Ozon d’essayer. Première mauvaise surprise avec L’Amant double : sa prévisibilité. À chaque piste qu’on flaire, Ozon s’y engouffre tête baissée.

Le réalisateur s’attaque au genre cinématographique le plus casse-gueule car sujet aux changements de cap en cours de route : le thriller érotico-psychologique stylisé. Soit la promesse de réaliser un nouveau Color of Night quand on espérait suivre les traces d’Hitchcock, De Palma ou Verhoeven. La comparaison avec le hollandais est d’ailleurs terrible tant on se souvient du puissant Elle, présenté lors de la précédente édition cannoise. Sauf que si le film mené par Isabelle Huppert se servait du grotesque pour rendre son propos encore plus corrosif, L’Amant double ne sait jamais s’il doit rester sérieux ou pas. Rien que dans son exposition, quelque chose cloche. Chloé (Marine Vacth) va voir un psy (Jérémie Renier) pour comprendre l’origine de ses maux de ventre. La mise en scène est élégante, plutôt créative. Puis, les deux personnages tombent amoureux. « Je suis désolé, c’est la première fois que ça m’arrive » balbutie le psychiatre, conscient du malaise de la situation. Premier passage délicat du scénario à faire avaler au spectateur. Les dialogues prônent la grossièreté, le jeu et la mise en scène militent pour une approche premier degré. Très vite, on comprend que le but n’est pas tant de s’amuser avec l’ironie que de jouer à trouver un petit quelque chose de choquant. Et ce n’est pas ce gros plan sur un vagin lors d’un examen gynécologique qui prouvera le contraire.

Peine à jouir

Ozon offre des scènes dégueulasses où tout est bon pour punir l’héroïne de ses troubles enfouis. L’occasion de la traiter de « salope », de la frapper, d’en faire un personnage malléable à souhait

Le film va de mal en pis. Sous prétexte d’un thriller à base de jumeaux maléfiques et de faux semblants (le film de Cronenberg étant explicitement cité dans une scène où Marine Vacth raconte l’un de ses rêves), Ozon offre des scènes dégueulasses où tout est bon pour punir l’héroïne de ses troubles enfouis. L’occasion de la traiter de « salope », de la frapper, d’en faire un personnage malléable à souhait. Et comme tout bon film prônant la culture du viol, la voilà se refusant à son amant pour finalement mieux accepter le sexe, subjuguée par tant de virilité. A l’instar des pires pornos, L’Amant double véhicule le fantasme du cunnilingus ou du coup de rein contraint et forcé qui finit en plaisir intense ; « parce que t’as envie que je te baise » répétera / répéteront ad nauseam le(s) personnage(s) de Renier. Car là est le vrai sujet du film : Chloé est une peine à jouir. Le pire dans tout ça, c’est que ça n’est même pas choquant, juste risible.

Le reste de la filmographie de François Ozon ne permet pas de conclure au machisme. À titre de comparaison, Jeune & Jolie, déjà avec Marine Vacth, laissait au moins un peu de latitude et de liberté à son héroïne qui se prostituait. Le film était assez maladroit sur bien des points, mais on sentait qu’Ozon explorait un sujet glissant et proposait des pistes. Rien de tel ici, il ne fait que reproduire le pire du thriller érotique avec une bonne dose de masculinisme. Il y a plus qu’à parier que, dépassé par un script d’une nullité abyssale, il se soit laissé déborder. Il n’est pas impossible que des touches d’humour soient volontaires, mais, mal dosées, mal incorporées, aucune ne fonctionne. La mise en scène multiplie les effets de manche grossiers. Le film utilise même le fameux « en fait, cette scène, c’était un rêve ». Le dernier acte coche toutes les cases du thriller vieillot : jeu de miroir pour signifier la duplicité, twist aidé par un peu de gore, fin faussement apaisée et scène de sexe trouble. Tout simplement risible.

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