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PS’Playlist novembre 2017

Par Collectif, le 29-11-2017
PS'Playlist
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Les PS’Playlist sont des playlist mensuelles où chaque membre de Playlist Society – qu'il fasse partie de la team musique ou non – propose son morceau du mois, en accompagnant celui-ci de quelques mots. (Voir tous)

Belle_&_Sebastian_-_Dog_On_Wheels01. Belle And Sebastian – Dog On Wheels (Isabelle Chelley)
Extrait du EP “Dog On Wheels” – 1997 – pop fragile
Il y a des chansons qui réconfortent en cas de très gros chagrin. Qui n’enlèvent pas la douleur, mais la rendent un peu plus supportable en permettant de pleurer un bon coup, encore et encore. “Dog On Wheels” en fait partie. La voix fragile, androgyne, les paroles à vif, la mélodie soulignée de cuivres, tout ici contribue à en faire une merveille de trois minutes, délicate et un peu naïve à l’image du groupe écossais. So long, tout petit chien…

Nev_Cottee02. Nev Cottee – Tired of Love (Thierry Chatain)
Extrait de “Broken Flowers” – 2017 – Ba(l)lade miraculeuse
On pourrait croire à un rêve éveillé. D’abord, cet interprète au nom vaguement improbable, et inconnu au bataillon. Et puis, la musique s’y prête. Un lent voyage dans des horizons sans fin où des cordes irisées et une basse à la “Melody Nelson” introduisent la voix de crooner de Nev Cottee, façon Lee Hazlewood un jour de déprime. À moins que ce ne soit un mirage car, à peine le séduisant inconnu est-il apparu qu’il s’efface de sa propre chanson. Pour mieux nous laisser admirer le paysage ? Peut-être. Enfin, profiter de la luxuriance des arrangements façon spaghetti western existentiel de Mason Neely, également producteur (déjà compagnon de voyage de Lambchop ou Sufjan Stevens). Et puis le sieur Cottee revient nous cueillir à la fin. Et tout l’album, son troisième, renseignements pris, se révèle aussi magique. Le Mancunien se revendique effectivement du créateur de “Some Velvet Morning”, mais aussi de Leonard Cohen, Scott Walker ou Nick Cave. Des références qui pourraient être écrasantes si l’élève – plus un perdreau de l’année – ne se révélait à la hauteur de ses maîtres. Richard Hawley doit se sentir moins seul, là-haut dans le Nord de l’Angleterre.

03. Nancy Sinatra & Lee Hazlewood – Paris Summer (Laura)115820380
Extrait de “Fairy Tales & Fantasies” – 1989 – Folk
Plus on s’enfonce dans l’hiver et plus cette chanson revient dans ma playlist de petits matins frileux. Meilleure chanson à contre-saison avec “summer” dedans, qui réchauffe aussi bien qu’un thé de Noël et procure en outre une envie de chantonner presque irrésistible. Vous êtes prévenus.

04. IAM – Nés sous la même étoile (Thomas Messias)iam
Extrait de “L’Ecole du micro d’argent” – 1997 – Demain, c’est loin
Déterminer son morceau préféré d’IAM, c’est un peu comme choisir lequel de ses enfants on préfère. C’est impossible, et surtout ça n’a pas de sens. Vingt ans après la sortie de L’Ecole du micro d’argent, alors que la bande d’Akhenaton et Shurik’n est en pleine tournée d’anniversaire, il m’est toujours impossible de choisir. Mais si je n’écoute que mon cœur, je crois que c’est Nés sous la même étoile qui me fait le plus vibrer. Sentiment mêlé de profonde tristesse et de franche révolte. L’arrogance du monde politique, perché dans sa tour d’ivoire, ne fait que renforcer quinquennat après quinquennat l’incroyable puissance de ce morceau qui donne autant envie de chialer que de tout brûler.

05. Kevin Gates – Had To (Guillaume Augias)kevin-gates-bam2
Extrait de “By Any Means 2”  – 2017 – Effet retard
Le gars Gates sur fond d’orgue Hammond m’avait bien attiré l’oreille avec un Really Really vraiment vraiment accrocheur l’an dernier, mais pas encore assez pour que je me range aux sirènes insistantes du goût sûr de Damien, qui ne tarissait pas d’éloges au sujet de ce pur sang de Baton Rouge surgi dans le sillage d’un Lil Wayne déjà carbonisé. Voici qu’avec ce Had To, de facture carrée mais imparable, la formule fait mouche tant je suis conquis d’emblée par la texture d’un flow impeccablement miscible dans une boucle sidérale. Mais c’était sans compter sur la patience du gars Damien dont j’étais entre temps venu à bout : “Juste au moment où j’arrête de l’écouter” répondit-il, laconique, à mes démonstrations tardives d’enthousiasme.

stella-mwangi_identify-yourself06. Stella Mwangi – Identify yourself (Arbobo)
Extrait de “Identify yourself (single)” – 2016 – RnB caribéen
Depuis plusieurs années que le 3e album de Stella Mwangi (aka STL) se fait attendre, elle sort si régulièrement des singles qu’il finira par ressembler à une compilation. C’est dans le registre uptempo et dansant que le flow de la kényo-norvégienne est le plus efficace. Big girl est parfait pour le dancefloor, d’ailleurs. Mais sur Identify yourself, une pointe de nostalgie nous ramène à la période des Fugees. “Nothing on this Earth matches up my word”, les punchlines sont bien calibrées et nous entrainent au déhanché chaloupé.

a0655261463_1607. Tiny Vipers – Life on Earth (Nathan)
Extrait de “Life On Earth” – 2009 – Folk hanté
Jesy Fortino vient de sortir un nouvel album, succession de pièce ambiante magnifique et subtile, sous le nom de Laughter. Du coup, replongé dans son chef d’oeuvre passé inaperçu de 2009 est absolument nécessaire. À fleur de peau, d’une beauté à couper le souffle, certains y entendront Karen Dalton, d’autres une complainte qui ne sombrent jamais dans le trop plein d’émotion. La sobriété et la quasi-austérité de Tiny Vipers lui confèrent sa force.

la-feline_royaume_ep_art_l08. La Féline – Comme un guerrier II (Benjamin)
Extrait de “Royaume” – 2017 – Electro pop de luxe
Non contente d’avoir sorti l’un des plus beaux albums de l’année – Triomphe, où se mélange d’une manière exquise musique pensée et instinctive –, La Féline revient avec un EP  intitulé Royaume qui prolonge l’expérience. Elle est accompagnée dessus par Lætitia Sadier, ex-chanteuse du groupe culte Stereolab, et par Mondkopf, acteur phare de la scène electro française sur lequel elle avait auparavant écrit – La Féline, Agnès Gayraud de son vrai nom, étant également critique musicale, notamment à Libération.  Un titre tel que « Comme un guerrier II » dépasse toutes nos attentes. C’est pop, sombre, intelligent, complexe, tout en étant totalement évident. De la grande musique qui ne cesse de m’impressionner.

fever ray09. Fever Ray – To The Moon and Back (Anthony)
Extrait de “Plunge” – 2017 – Electro 
Sorti par surprise en version numérique il y a quelques semaines, “Plunge” ne laisse pas vraiment les choses là où Fever Ray les avait laissées après son premier album éponyme. En 2009, le premier album du projet solo de Karin Elisabeth Dreijer – moitié de The Knife – s’aventurait dans des territoires sombres, sous hautes influences cold-wave, habillés de nappes de synthés inquiétantes et hantées. “Plunge” éclaircit un peu le propos – sans pour autant le rendre facile d’accès – et se rapproche beaucoup plus de la proposition de The Knife. Le premier single “To the moon and back” se situe dans la filiation directe de “Silent Shout”, le single emblématique de The Knife, grâce à un gimmick répétitif et hypnotisant. “Plunge” pourrait constituer la bande-son d’une fête truffée de freaks dérangés.

10. Volin – Canon (Marc Mineur)Volin-Volcan-cover - 150
Extrait de “Volcan” – 2017 – Chanson Française déviante 
Chanson française et avant-garde ont pu parfois frayer mais les réussites sont rares. On est donc d’autant plus fascinés que le trio Montpelliérain atteigne des sommets pareils. Au lieu d’emprunter aux cousins d’Amérique un Americana propre sur soi, ils visent plus haut, vers les étoiles d’un Grizzly Bear. Plus proches de Canadiens joueurs comme Malajube ou Karkwa, ils ont surtout quelques morceaux bien forts sur leur premier album Volcan, comme ce Canon qui ne fait pas mentir son nom pour faire parler la poudre, pour oser la déflagration. Ma découverte francophone de l’année sans aucun doute.

For crying out loud11. Kasabian – Bless this acid house (Erwan)
Extrait de “For crying out loud”  – 2017 – Foot, rock’n’roll et bromance
Bless this acid house est une capsule temporelle. On y entend un Kasabian ramené à ses débuts adolescents, à l’âge où tous les groupes anglais ou américains sont convaincus de réinventer le rock. Le Kasabian de cette chanson et de l’album qui la contient (For crying out loud) sonne comme le joyeux groupe du film Sing street ou comme le numéro improvisé par Marty McFly sur la scène du bal du lycée dans Retour vers le futur. Kasabian avait en tête de faire un « party album ». C’est réussi, et le live euphorisant qui sert de face B au disque rappelle d’où vient – certainement – cette envie : l’an dernier Pizzorno et Meighan, les deux meneurs du groupe, ont vécu l’une des plus grandes joies de leur vie, avec le titre de Champion d’Angleterre de football du club de leur ville, Leicester. Le live a été enregistré dans le stade du club, pour célébrer ce titre. Dans son livre Fever pitch, Nick Hornby explique en quoi une telle victoire apporte à un supporter de club une jubilation inégalable par n’importe quel autre événement. Pour Leicester, Pizzorno et Meighan, cette jubilation se voit encore décuplée par la relative modestie de leur club, qui n’a rien d’un cador visant a priori le titre – et qui ne le regagnera probablement jamais. On peut comprendre qu’ils aient envie de redevenir des adolescents fans de foot et de rock, qui font la fête pour toujours.