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PS’Playlist décembre 2017 (Isabelle, Nathan, Alexandre, Benjamin)

Par Collectif, le 22-12-2017
PS'Playlist
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Les PS’Playlist sont des playlist mensuelles où chaque membre de Playlist Society – qu'il fasse partie de la team musique ou non – propose son morceau du mois, en accompagnant celui-ci de quelques mots. (Voir tous)

ISABELLE CHELLEY

Depeche Mode – « Never Let Me Down Again »
Extrait de Music For The Masses – 1987 – Rock beau à  pleurer
Primal Scream – « Movin’On Up »
Extrait de Screamadelica – 1991 – Rock sous acide
Baxter Dury – « Miami »
Extrait de Prince Of Tears – 2017 – Ballade électro 

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En 2017, traînée quasiment de force au Stade de France par une amie qui me voulait du bien, j’ai enfin vu Depeche Mode sur scène. Mon moi de 14 ans fascinée par le maquillage de Martin Gore était ravie. D’autant que mon moi actuel lui a payé des bières et s’est lâchée comme peu souvent. La reprise de Heroes était une merveille, élégante, fidèle à l’originale, chantée par un Dave Gahan qui offrait ce cadeau à son lui de 14 ans… Mais c’est Never Let Me Down Again qui m’a mis les larmes aux yeux, évidemment.

En 2017, j’ai décidé d’assumer plein de choses. Les cheveux courts avec du gris dedans. Mon amour pour les chihuahuas. Et surtout, le fait de me laisser aller parfois, en me foutant du regard des autres. Pas facile pour une control freak, mais en festival cet été, avec quelques bières dans le système, j’ai abandonné la compagnie pour aller danser seule devant Primal Scream. En plus, agiter les bras en l’air était idéal pour chasser les moustiques qui me prenaient pour un open bar. On m’expliquera comment il est humainement possible de résister à Movin’On Up et sa mélodie stonienne. Je n’ai toujours pas réussi.

En 2017, je suis allée à peu de concerts, mais chacun a été mémorable. Comme celui de Baxter Dury au Trianon. Parce que le monsieur est très convaincant dans la posture du crooner triste, sorte de Lee Hazlewood cockney, spécialisé dans les chansons sur les losers magnifiques. Qu’il est très bien entouré sur scène. Que son côté nonchalant est assez rassurant dans un monde angoissant. Que les paroles de Miami – et de tant d’autres – sont fabuleuses. Tant que Baxter Dury gardera son flegme, je ne cavalerai pas en tout sens en braillant “Paniiiiccc !”à la manière de Kermit.

 

NATHAN

Jim Croce – « Operator »
Extrait de You Don’t Mess Around with Jim – 1972 – Belle ballade
Silver Jews  – « Random Rules »
Extrait de American Water - 1998 – Rock désabusé
Joanna Newsom – « Cosmia »
Extrait de Ys – 2006 – Miracle

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Face à tant de changements inattendus cette année, de renversements complets de ce qui était, je n’ai fait que rechercher un peu de confort. Que ce soit avec les livres de Zadie Smith (White Teeth est une des plus belles fresques contemporaines de notre société, Swing Time en est la continuation parfaite), la beauté rare de L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic (et sa capacité à exprimer en quelques paragraphes les sentiments les plus complexes) ou le Blonde de Frank Ocean (qui reste le disque que j’écoute le plus depuis maintenant deux ans), j’ai cherché un peu de calme, loin de la panique. J’ai regardé tout Transparent en une semaine. Plus que la modernité et la nuance de ses propos, c’est la bienveillance maladroite de chacun des personnages qui m’a ému. Le chaos est partout, ancré dans leurs vies sommes toutes normales, mais les relations humaines demeurent. Et cette scène où Gaby Hoffmann et Jay Duplass retrouvent et écoutent le vieux vinyle de Jim Croce est belle à pleurer.

« In 1984 I was hospitalized for approaching perfection ». C’est la réalisation de David Berman. Rien n’est permanent, rien n’est fixé. Au contraire, le hasard et l’altérité sont les constantes. Cet aveu de faiblesse du chanteur des Silver Jews est magnifique.

On pourrait passer des heures à disséquer ce chef d’oeuvre d’écriture, de composition et d’arrangement. Toutes ses nuances et ses non-dits. Mais on pourrait tout simplement tout résumer en une phrase: il n’existe pas de plus belle chanson sur le deuil et l’absence.

 

ALEXANDRE MATHIS

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Grandaddy – « A Lost Machine »
Extrait de A Last Place – 2017 – Pop égarée
The National – « Empire Line »
Extrait de Sleep Well Beast - 2017 – Pop disloquée
Aliose – « Sans ta peau »
Extrait de Pixel – 2016 – Pop vagabonde

C’est le drôle de paradoxe de ma vie récente : je n’ai jamais été autant en colère et révolté que cette année. Je crois que j’ai un avis sur tout ou presque. Mais je suis devenu incapable de l’exprimer. Comme si ma parole ou mes écrits desservaient les causes que j’aime. La folie numérique me dépasse officiellement. Alors, dans une optique de survie, je me réfugie dans mes univers, regardant tendrement les effusions d’un monde fou. Je ne découvre plus rien en musique, je prolonge mes histoires d’amour. C’est le cas de Grandaddy, dont A Last Place aura renoué avec le moi de 2005 quand je découvrais le groupe. A Lost Machine, avec son crescendo mélancolique, sied aussi bien aux balades glaciales de l’hiver qu’aux transpirations exotiques. Une belle chanson d’âme solitaire.

Mais ma vraie valeur refuge, c’est devenu The National, découvert au moment de High Violet en 2010. Les britanniques sont devenus mon second groupe préféré des années 2000 (après Radiohead, évidemment). J’avais déjà parlé de Guilty Party, premier coup de foudre sur leur nouvel album. Désormais, c’est Empire Line qui me transporte dans un monde où moi seul vis. Empire Line, c’est comme si je vivais dans un jeu vidéo des années 80 où je serais un flic alcoolique et que la chanson passait dans les bars enfumés de la ville. Alex plus Kid.

Alors, j’essaierais de sortir de cette prison de pixels pour renouer avec le vrai monde. Mal à l’aise ici, j’irais au bout du monde, sentir quelque chaleur réelle sur ma peau, retrouver le parfum enivrant des femmes, revoir la neige comme si c’était la première fois, et écouter en boucle Sans ta peau, d’Aliose, comme l’ado sensible que j’étais. Je me prendrais alors pour un amoureux transi de l’Égypte Antique, ou une servante de maison abandonnée par son patron dans le Japon féodal. Oui, parce que quitte à vivre dans un monde qui n’est plus le vôtre, autant ne plus avoir de frontière de lieu, d’époque, de sexe ou de dimension.

 

BENJAMIN FOGEL

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La Féline – Quelque Chose de Tennessee
2017 – Electro Pop
Glassjaw – Shira
Extrait de “Material Control” – 2017 – Hardcore
Hyacinthe – Sur ma vie
Extrait de “Sarah” – 2017 – Hip Hop

En 2017, il y a eu de l’amour, de la reconstruction et beaucoup de travail. Et je crois que je n’en demandais vraiment pas plus. J’ai de moins en moins de temps pour écrire sur la musique – même si la majorité était fortement dispensable, je me souviens avec nostalgie de l’époque où j’écrivais une chronique de disque par jour. En revanche, je n’ai heureusement pas l’impression de moins écouter de musique, ni même de moins lire dessus. Une fois de plus, cette nouvelle année m’aura ravi en matière d’albums excitants, réconfortants ou interstellaires. Je ne vais pas jouer à « s’il ne devait en rester qu’un », mais il me semble que Triomphe, l’album de La Féline, traduit bien le dynamisme actuel, via une musique très réfléchie, tout en restant généreuse et populaire. Sa reprise de « Quelque Chose de Tennessee » de Johnny Hallyday, qui vient de sortir, et qu’on imagine composée et enregistrée en quelques heures, crée le genre de ponts entre les publics et les époques, qui me touchent en ce moment.

Il y a quelque-chose qui m’a toujours intrigué en musique : le fait que les membres d’un groupe puissent tout plaquer du jour au lendemain, ne plus sortir un disque pendant 15 ans, virevolter, tenter de relancer la machine sans succès, puis, soudain, comme par enchantement, reprendre les choses là où elle s’étaient arrêtées le plus naturellement du monde. C’est ce qu’il s’est passé cette année avec Glassjaw, l’un de mes groupes préférés de mon adolescence. Rien a changé sur Material Control. Le groupe ne s’autocite pas, ne vit pas dans le passé, ne cherche pas à générer de la nostalgie. C’est plus comme si le temps se compressait, et que ces années perdues n’avaient jamais existé. Un hymne à la stabilité de nos points de repère.

Autre question récurrente – également liée au temps qui passe : qu’est ce que j’aurais écouté en musique si j’avais eu 16 ans en 2017 ? Probablement pas Orelsan et Jul. J’imagine en revanche l’effet qu’aurait eu sur moi il y a 20 ans le Sarah de Hyacinthe sorti il y a quelques mois. J’aurais été complètement fan de ce truc. Ce n’est pas l’ado en moi qui aime Hyacinthe – mon affection pour ce disque est très consciente et ne fonctionne pas du tout sur la recherche d’émois passés –, mais je me dis juste que ce dernier l’aurait aimé encore plus.