Aa
X
Taille de la police
A
A
A
Largeur du texte
-
+
Alignement
Police
Lucinda
Georgia
Couleurs
Mise en page
Portrait
Paysage

Les Quelqu’unes d’Amélie Hamad : sorcières modernes

Publié aux éditions Le Gospel, le 21 août 2026

Par Benjamin Fogel, le 21-08-2026
Littérature

Originaires des Mourons, cité ouvrière du nord de la France frappée par la crise, où l’ombre d’une ancienne usine abandonnée domine toujours la ville, Mandy et Insaf survivent à l’adolescence, drapées dans leur accoutrement gothique, grâce aux contre-cultures et à leurs croyances ésotériques. Quand Insaf quitte la région pour rejoindre la fac de médecine à Lille, elle prend ses distances avec l’occultisme, tandis que Mandy conserve un goût pour le mysticisme à même de l’extraire de son quotidien. Mais Insaf découvre bientôt des liens entre son ancienne existence et le monde délaissé des fantasmes adolescents qu’elle croyait avoir rejoint, comme si la menace de l’usine fantomatique l’avait poursuivie jusqu’à la grande ville.

Croire au merveilleux relève presque d’une forme de logique de survie

Dans ce premier roman, Amélie Hamad décrit un quotidien où la banalité de l’existence est plus angoissante que les spectres qui hantent le monde. Un quotidien si morne que les personnages y errent déjà comme des fantômes. Elle use pour cela de tous les outils de la modernité : narration à la première personne en mode journal intime, email, SMS, articles de blogs, extraits de texte… En rébellion contre les croyances familiales, Insaf et Mandy cherchent un autre sens au monde. Lorsque la routine n’est menacée que par des tragédies, croire au merveilleux, comme alternative à la rationalité de la société capitaliste, relève presque d’une forme de logique de survie.

Un magnifique premier roman français

Face à la bêtise masculine, qu’Insaf en vient presque à envier – elle aussi voudrait être insouciante et faire n’importe quoi de sa vie, sans susciter de jugements –, bêtise amplifiée par le désœuvrement, à l’image des étudiants en médecine adeptes des bizutages, Amélie Hamad oppose la construction d’une sororité magique qui transcende les classes sociales – même si les femmes n’ont pas besoin de recourir à la magie pour être des sorcières, il leur suffit pour cela de faire appel à leur intelligence. Si les hommes privilégiés sont destinés à devenir quelqu’un, les héroïnes deviendront ici quelqu’une.

Un magnifique premier roman français, qui s’inscrit parfaitement dans la ligne éditoriale des éditions du Gospel, au point de pouvoir prétendre en être un des porte-étendards.