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Voir clair de Félix Moati : introspection des troubles anxieux

Publié en janvier 2026 aux éditions de L'Observatoire

Par Benjamin Fogel, le 01-09-2026
Littérature

Alors qu’il se rend chez son psychanalyste, Félix se voit aborder par Joachim, un romancier rongé par l’angoisse, désormais incapable d’écrire. Celui-ci lui propose un étrange marché : raconter sa vie et celle de sa famille, tel un prête-plume. Joachim et son frère Nathan sont deux trentenaires mal dans leur peau, des Juifs anxieux et névrosés, qui peinent à sauver leurs histoires d’amour. À travers eux, par un système de poupées russes, lecteurs et lectrices se retrouvent plongés dans l’existence de dizaines de personnages, selon le principe de Félix qui raconte la vie de Joachim, qui raconte entre autres celle de son frère Nathan, qui parle de son patient Grégoire, abordant sa relation avec Julie.

Tout agit en miroir et en négatif

Tout agit en miroir et en négatif. Les personnages se doublent, partagent des caractéristiques. Quand la tristesse délaisse l’un d’entre eux, c’est pour s’infiltrer chez un autre. Plutôt que de reconstituer tous les profils psychologiques possibles, Félix Moati crée des protagonistes qui s’apparentent à des déclinaisons de la même personne – l’auteur, imagine-t-on, puisqu’il est le personnage par lequel tout arrive.

Chaque chapitre amorce le suivant, tel un questionnement qui sera au cœur du prochain rendez-vous chez le psy, ce dernier constituant la figure centrale du livre : chaque personnage est tour à tour psy ou patient d’un psy. La notion de thérapie prend ici diverses formes, qui peuvent aller de la confession religieuse à l’introspection personnelle – ou peut-être à l’écriture d’un livre. Félix Moati se confronte à la dépression, à la culpabilité et aux angoisses indomptables, mais aussi aux croyances, aux religions et à la manière de faire famille.

Un roman plein de théories et de concepts

Voir clair est un roman plein de théories et de concepts. Pour autant l’auteur n’enferme jamais ses personnages dans des tropes psychanalytiques. Ces derniers se réinventent sans cesse, pour le pire et pour le meilleur. Ils sont perméables aux remises en question et aux changements d’humeur. Ils voient leurs croyances évoluer et peuvent passer de l’athéisme à la religion. On peut les trouver au choix tragiquement inconstant ou admirablement flexible. Félix Moati ne les juge pas. Il observe leurs mal-être, leurs troubles et leur chaos mental, laissant au lecteur la possibilité d’en tirer ses propres conclusions. Un premier roman riche et bluffant de maîtrise.