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Logan : la famille, unique refuge en cas d’apocalypse

Par Benjamin Fogel, le 09-03-2017
Analyses et critiques
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Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

Les premières images de Logan qui avaient filtré annonçaient celui-ci comme un film post-apocalyptique. Il y avait cet homme d’âge mûr et cette fillette se battant pour leur survie comme dans The Last of Us ; ces courses poursuites dans le désert faisant forcément écho à Mad Max ; et enfin ce scénario se déroulant dans un futur proche où tous les mutants avaient disparu.

La première force de Logan se trouve justement dans son rapport à l’apocalypse, dans une approche qui n’a rien à voir avec X-Men: Apocalypse. Ici le futur proche s’inscrit dans la continuité de nos sociétés actuelles : inégalités, insécurité, capitalisme en roue libre et isolationnisme. Ce n’est pas une dystopie en soi, mais une vision d’un avenir potentiellement dans la lignée de notre présent. Au même titre que Split de M.Night Shyamalan, le film de James Mangold s’inscrit dans l’ère Trump.

Un film post-apocalyptique mais seulement pour les mutants

Mais cela ne concerne que le monde des humains. Côté mutants, l’on se retrouve bien dans un futur post-apocalyptique où leur monde n’existe plus, où l’apocalypse annihilant les mutants a bien eu lieu. Tout Logan fonctionne sur cette dichotomie : d’un côté une société humaine qui poursuit son chemin en boitillant (innovations technologiques avec les robots-camions et avancées médicales au niveau génétique) et de l’autre une société mutante qui se débat dans un monde hostile, avec pour seul espoir de trouver une terre d’accueil où se réfugier (le Sunseeker et Eden).

Logan2

Logan poursuit ainsi intelligemment l’exploration si chère à la série du couple opposition/rapprochement entre les espèces. Bien que les humains et les mutants aient des destins différents, les différences qui les séparent s’effacent au point de questionner la nature même de la distinction entre les espèces. Alors que les mutants sont de plus en plus humains – leurs pouvoirs trouvent leur limite face au vieillissement (Charles Xavier), à la maladie (Logan) et à la nature (le soleil qui brûle Caliban) ; rappelant que, quels que soient les différences, nous sommes tous égaux face à la mort – les humains, eux, ressemblent de plus en plus à des mutants via leurs améliorations technologiques et leurs membres bioniques. Le fait que ce soit une version  de Wolverine créée par les humains qui achève le mutant originel s’inscrit parfaitement dans cette thématique de confusion entre humains et mutants : c’est Wolverine qui tue Logan, soit le mutant à la solde des humains qui tue l’humain qui était dans le mutant.

Une famille de mutants sur trois générations, hors des schémas classiques

Face à aux humains qui ont toujours voulu asservir – asservir et non détruire, selon un parallèle toujours implicite avec le sort réservé aux minorités aux Etats-Unis – les mutants et qui semblent arriver au bout de leur projet, Logan s’appuie sur la seule chose à même de constituer un socle de société dans un monde post-apocalyptique : la famille. Mais pas une famille classique, non une famille mutante qui montre que la filiation n’est pas une question de reproduction, et que d’autres modèles existent. Laura n’est pas la fille de Logan (il s’agit d’une manipulation génétique) et Logan n’est pas le fils de Charles (qui est son mentor et une figure paternelle). Pourtant c’est bien l’histoire d’une famille de mutants sur trois générations que nous raconte Logan.

À ce titre, la relation entre Charles et Logan, après 17 ans passés côte à côte au cinéma, est parfaitement menée. Via une inversion des rôles, Logan se retrouve à devoir prendre soin de son ancien professeur. C’est à lui qu’incombe désormais le rôle de poser des limites et d’incarner la raison. L’animal qu’il était est confronté à la nécessité d’incarner sa fonction familiale : celui de l’adulte qui s’occupe à la fois de ses parents et de ses enfants.

En confrontant ses personnages emblématiques au temps qui passe, Logan interroge les mythes de la série. C’est un film sur les hommes qui doivent continuer à vivre quand leur légende meurt ; la mythologie X-Men n’existant ici qu’au travers des comics que lisent Laura et ses amis. Le dernier plan du film avec la croix sur la tombe de Logan en forme de X caractérise parfaitement cette conclusion dont on n’attendait pas tant : Logan est mort, mais Wolverine et le mythe X-Men perdureront dans le regard de la nouvelle génération.