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THE VERY MOST - A Year With The Very Most [8,5/10]

The Very Most A Year With The Very MostPop américaine / 2010. Trio entre deux âges originaire de l’Idaho, The Very Most publie une réinterprétation pop des « Quatre saisons » de Vivaldi. « A Year With The Very Most » compile effectivement les quatre EP sorti par le groupe l’année dernière à la fin de chaque saison et portant les noms bienséants de « Spring », « Summer », « Autumn » et « Winter ». Si le concept peut paraître galvaudé, les chansons le légitiment dès la première écoute.

D’un côté, il y a « Today it’s even better », un titre d’une instantanéité pop qui puise son pouvoir d’attraction au sein de toute votre initiation musicale, un titre qui condense en deux minutes toute la rhétorique des Beatles. De l’autre, il y a « April is the kindest month », une balade transcendée par l’émotion du futur, un songwriting proche de celui de Damon Albarn dans lequel on aurait injecté une bonne dose de fraîcheur. Et ainsi très vite, on se dit que ce découpage temporel va bien au-delà qu’une simple division par saison : The Very Most s’impose spatialement à travers les âges de la pop !

Pour ceux qui comme moi considère comme un axiome la nécessité d’unicité d’œuvre et porte une attention particulière à l’homogénéité de la production entre les titres, « A Year With The Very Most » ne décevra pas. Bien qu’enregistré en quatre fois, il transpire de la vision des membres du groupe. Tout concorde ici et la décomposition temporelle n’a pour but que de laisser l’inspiration se faire corrompre par de nouvelles ambiances. Il en résulte un album qui va quatre fois à l’essentiel, qui ne s’autorise aucun remplissage.

The Very Most me donne envie de me laisser aller, de me rattacher à des métaphores clichesques : Le printanier « The Only pretty ring time » marque bien la renaissance, l’envie de retomber amoureux ; l’estival « A Mid-80s Lower-Middle Class Family Summer Road Trip » sent la mer, les romances sur la plage et le soleil qui brûle les pages des livres ; l’automnal « Autumn Air » traduit l’épiphanie évoquée dans « Cendrillon » d’Eric Reinhardt : l’hivernal « It’s the best thing » donne envie de se blottir dans le cocon familial, d’hiberner et de recommencer le cycle.

The Very Most est ainsi un compagnon de chaque instant. « Away in a manger » c’est Belle & Sebastian délesté de tout poids, c’est le retour à l’innocence folk, c’est simple et décomplexé tout en étant ultre-recherché. Il y a ici une vraie capacité à écrire des pépites avec trois fois rien. « Firewoks » c’est de l’electro-pop enchantée écrite dans une chambre à partir de boucles retrouvées au fond d’un vieux tiroir. Ecouter The Very Most, c’est réécouter de la pop pour la première fois. C’est redécouvrir le plaisir de découvrir.

« A Year With The Very Most » et plus si affinité.

Note : 8,5/10

>> L’album est en écoute intégrale ici
>> A lire également,
l’article de Thierry sur Jazz Blues & Co ; Merci l’ami pour la découverte :)

A SERIOUS MAN de Joel et Ethan Coen [8/10]

A Serious Man de Joel et Ethan CoenFilm américain / 2010. Le monde se divise entre deux sortes de critiques : Ceux qui peuvent potentiellement à chaque nouveaux films titrer une connerie du genre : « Le meilleur film des frères Coen » et ceux sui restent partisan de la théorie comme quoi les deux frères se seraient volontairement condamner à alterner invariablement un chef d’œuvre et un film léger. Peut-être existe-t-il une troisième voie à chercher du côté des critiques amateurs, une voie qui n’en ait pas une et qui prend les films telle qui viennent. Mais en bon suiveur focalisons-nous sur la doctrine. Après le très mitigé « Burn After Reading », « A Serious Man » serait donc à classer au près de leurs plus grandes réalisation ? Effectivement à la vision du film, je ne me sens pas le courage de remettre en question une théorie devenue axiome.

D’un point de vue décryptage est-il bien utile de revenir sur l’onctuosité de la galerie de personnages, marque de fabrique depuis toujours du tandem ? A ce stade là, il s’agit quasiment d’un acquis social ! D’ailleurs les chroniqueurs du dimanche n’oublieront pas de rappeler le mépris que le duo a envers ses personnages, de répéter à outrance que celui-ci n’utilise les acteurs que pour les tourner en ridicule et ce sans la moindre émotion. Ils n’oublieront pas car cela fait déjà dix ans qu’ils nous resservent la même analyse. Mais la vérité c’est qu’il s’agisse de la dream-team hollywoodienne ou d’illustres inconnus du grand public, Joel et Ethan Coen aiment juste humaniser leurs héros quitte à franchir les limites. Ce n’est pas pour autant qu’ils leur manquent de respect ou qu’ils les dédaignent, c’est juste qu’ils aiment la bêtise humaine, qu’ils évoluent dedans, qu’il s’agit de leur sphère culturelle au même titre que la religion juive fait partie de leurs fondations. Ils vivent avec en se moquant de ses défauts et de ses extrêmes mais sans jamais chercher à la renier.

Ce rôle de la bêtise humaine et sa comparaison avec le judaïsme me semble ici, cinématographiquement parlant, au cœur de la question. Jamais les frères n’avaient si frontalement traité la question, et malgré qu’ils ne cessent de la tourner en dérision, il en résulte justement une forme de respect. « A Serious Man » ne cesse de démonter comment les dogmes qui régissent nos vies sont dénués de sens. Toutes les symboliques du film ne débouchent que sur des interrogations. Hasard et coïncidence sont les seules déductions que l’on peut tirer des voies sacrées. Pendant tout le film, Larry Gopnik ne trouvera aucun soutien moral dans la religion, mais lorsqu’il décidera enfin que tout ça n’est qu’un grand cirque, et qu’il transcendera ses croyances (en trafiquant la note d’un de ses élèves), il sera immédiatement rattrapé par la parole divine et sera châtier par une maladie grave.

Au cours de ce parcours initiatique riche en fou rires, en passages psychédéliques, en pures moments d’hystérie collective et empli d’un succulent sens de l’absurde, le personnage principal croisera trois rabbins qui traduisent à eux seuls 50 ans d’évolution de la culture juive. Le sage Rabbi Marshak joue avec le silence de la tradition et ne déverse des éléments qu’au travers de métaphores alambiquées, le second rabbin a tout du yuppie américain chez qui la religion est devenue plus « culturelle » qu’autre chose, tandis que Simon « The Big Bang Theory » Helberg incarne le renouveau de la croyance d’une façon exacerbée, un renouveau qui ne possède pas les grilles de lectures et ne maîtrise pas les codes (la drolatique allégorie du parking). Ces trois rabbins sont une carte de lecture qui pèse au dessus d’un film dont les ambiances sont aussi changeantes et incohérentes que la vie. Tout y est à la fois hilarant et grave comme dans une comédie dépressive.

Finalement « A Serious Man » pourrait se résumer à une unique maxime : La religion c’est un peu comme la connerie, on a beau la montrer du doigt et vouloir s’en débarrasser, elle n’en reste pas moins un élément implicite de nos vies.

Note : 8/10

>> A lire également, la critique de Rob Gordon sur Toujours Raison

LES GOUTTES DE DIEU de Tadashi Agi & Shu Okimoto [8,5/10]

Cette critique a été écrite par Matthieu de Baudelire, vous pouvez également la retrouver ici

Manga / 2008. Vous n’avez aucun goût particulier pour les mangas et n’avez finalement que peu de connaissances sur le vin ? Vous êtes curieux et toujours prêt à découvrir de nouveaux univers ? Vous aimez cependant le vin et aimeriez d’ailleurs vous y connaitre davantage ? Alors, parfait, vous êtes dans la même situation que moi au moment où j’ai ouvert pour la première fois Les Gouttes de Dieu. Mais si, a contrario, vous êtes fan de mangas et/ou expert œnologue, ne zappez pas cette chronique pour autant car ces quelques lignes peuvent également vous intéresser…

Les Gouttes de Dieu est un manga japonais consacré au vin, et qui plus est, quasi exclusivement au vin français ! A l’heure actuelle, dix tomes sont parus et, compte tenu du degré d’avancement de l’intrigue, on peut légitimement supposer qu’on est très loin de la fin ! Le synopsis du manga est simple : Yutaka Kanzaki, éminent œnologue japonais, vient de décéder. Son fils naturel, Shizuku, qui n’a jamais bu la moindre goutte d’alcool, pense naturellement hériter de la fantastique et onéreuse collection de vins de son père. Mais, à la lecture du testament, celui-ci découvre qu’il a en fait un frère adoptif, Issei Tomine, qui n’est autre que l’une des figures montantes de l’œnologie japonaise. En outre, le testament explique que l’héritage de Yutaka reviendra à celui de ses deux fils qui parviendra à découvrir les douze grands crus sélectionnés et décrits avant sa mort par celui-ci, ainsi qu’à identifier celui qui les sublime tous, l’apôtre ultime qu’il nomme Les Gouttes de Dieu. Shizuku, aidé de son ami Miyabi, se retrouve alors contraint de se plonger dans un monde qu’il ne connait que superficiellement : celui du vin et de l’œnologie.

A première vue, le cocktail peut paraître étonnant et l’on attend a priori pas grand-chose d’un manga sur le vin, peut-être pas « une piquette » mais en tout cas comme un léger goût de bouchon. C’est vrai, depuis quand les Japonais s’y connaissent en vin a-t-on envie de s’écrier, pétris de notre fierté viticole, riches de nos savoir-faire uniques et de nos terroirs mondialement reconnus ? Pourtant, dès le premier contact, dès le premier nez, si cher aux œnologues, Les Gouttes de Dieu fleure bien plus le grand cru que le petit vin de propriété. La couverture, pareille au disque du vin dans un verre, prête à la curiosité et à l’envie d’ouvrir, de déboucher est-on tenté de dire, ce manga. Les premiers dessins, les premières images, semblables à la robe d’un premier cru, incitent à l’optimisme et donnent un premier aperçu engageant. «L’attaque» du premier tome, terme qui désigne également la première impression qui se dégage lorsque l’on goutte un vin, ne fait que confirmer ces excellentes dispositions et on se retrouve peu à peu totalement immergé au royaume des vignes, des cépages et des domaines…Une fois le premier tome fini, il est bien difficile de laisser décanter ce manga unique en son genre, de s’astreindre d’entamer le second cru et on ne peut donc réellement résister à l’envie de se lancer dans la suite de la série : Les Gouttes de Dieu est tout le contraire d’un vin de garde que l’on conserverait précieusement dans sa cave, transformée en bibliothèque pour l’occasion, attendant patiemment son pic de dégustation pour en retirer la quintessence gustativo-littéraire. Les Gouttes de Dieu est à l’image d’un vin jeune mais robuste, tour à tour frais et léger comme un vin de Loire en même temps que capiteux et corsé tel un Vacqueyras ou profond et émouvant comme un château Chasse-Spleen…

Il faut d’ailleurs signaler que Les Gouttes de Dieu est tout autant un manga enivrant et envoutant qu’une véritable encyclopédie sur le monde du vin et de ses producteurs. Toutes les bouteilles mentionnées existent évidemment, et les références données sont si sérieuses que, depuis le succès de la série, il n’est pas rare que les vins évoqués se trouvent en rupture de stock ! Le fil conducteur de l’histoire, cette recherche des 12 apôtres est d’ailleurs souvent un prétexte pour construire autant de petites histoires dans lesquelles le vin joue inévitablement un rôle central et nous permettre ainsi de découvrir des dizaines de bouteilles, parfois très abordables et aux qualités reconnues. Alors certes, il y a parfois un côté un peu répétitif dans ces successions d’histoires et on aimerait de temps en temps que le récit se concentre davantage sur la recherche des 12 apôtres, impatients que nous sommes de découvrir ces 12 chefs-d’œuvre viticoles et surtout de connaître l’identité des fameuses Gouttes de Dieu, de ce vin qui sublimerait tous les autres. Mais le plaisir est partout ailleurs. Le plaisir se trouve dans la découverte de dizaine de vins, rouges ou blancs, Bordeaux ou Bourgogne, premiers crus ou vins plus modestes…Le plaisir se rencontre dans cette plongée au cœur d’un univers passionnant mais exigeant, à suivre les aventures de Shizuku et Miyabi et de ce duel fratricide. Mais surtout, le plaisir n’est jamais aussi intense que lors des descriptions faites des dégustations de chaque vin. Les images des sentiments évoqués et provoqués par celles-ci sont magnifiquement bien rendues, créatives mais précises et il se dégage par instant une vraie poésie, tant textuellement que visuellement. Il faut d’ailleurs rendre hommage à la parfaite harmonie des mots et des images, à l’excellente association de l’auteur et du dessinateur, ce dernier parvenant à superbement restituer les intentions de l’auteur, un peu à la manière d’un bon sommelier à même de sublimer, par ses conseils de mariage entre mets et vin ou par son décantage, le goût d’un vin et de mettre ainsi en valeur, comme il se doit, le travail du vigneron…

Alors, bien évidemment, tout comme les différents millésimes d’un même vin, certains tomes sont inévitablement meilleurs que d’autres, plus longs en bouche... Mais quoiqu’il en soit, il est indéniable que ces Gouttes de Dieu ont tout d’un manga « grand cru classé »…

Plus que jamais avec Les Gouttes de Dieu, la subtile alchimie entre l’ivresse et la littérature se réalise à la perfection. Jamais autant qu’avec ce gouleyant manga l’idée de « s’enlivrer » n’a sonné aussi juste…

Il ne me reste alors qu’à vous souhaiter une bonne dégustation !

Note : 8,5/10

MOTHER de Joon-Ho Bong [8/10]

Joon-Ho Bong MotherFilm coréen / 2010. Le culte « Memories of Murder » développait une longue enquête criminelle au sein d’une petite ville de province avec en toile de fond un serial killer potentiellement imaginaire, le jouissif « The Host » reprenait une thématique de série B avec un monstre maritime en forme de progéniture des mutations chimiques, le charmant troisième épisode de « Tokyo ! », peut être plus personnel, traitait de la solitude et du repli sur soi. Enfin « Mother », le dernier film de Joon-Ho Bong, aborde l’histoire d’une femme qui se bat pour faire libérer son fils accusé de meurtre. Ces quatre films, qui n’ont en apparence rien à voir en commun, recyclent en réalité la même idée : comment imposer un traitement différent à des histoires dont le synopsis vu et revu tient en deux lignes ?

Le scénario de « Mother » a tout d’un script de téléfilm. Un peu de pathos, un peu d’action, un peu de policier, le tout orchestré autour d’un personnage féminin qui est prêt à aller jusqu’au bout pour trouver le vrai meurtrier et faire désinculper son fils. Il n’y a rien d’excitant là dedans. Comment Joon-Ho Bong va-t-il se dépêtrer de thèmes qui font soit référence à une décrépitude intellectuelle soit à sa propre filmographie (l’incompétence de la police) ? Clairement la réponse ne sera pas à chercher dans le déroulement de l’enquête. Tout y est banalisé, placé sur des rails, avec très peu de rebondissements. Le chemin de croix est scénaristiquement linéaire, Kim Hye-Ja enchainant les interrogatoires, les déconvenues, suivant une piste qui ne se targue même pas de nous surprendre avec un démentiel cliffhanger.

Non, l’enjeu pour Joon-Ho Bong est avant tout poétique, psychologique et social. Le canevas n’est comme toujours qu’un prétexte. Ici l’important n’est pas de savoir qui est le coupable mais de contempler cette mère qui détruit peu à peu toute barrière morale pour sauver son fils, et ce au détriment de la vérité. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Anéantir son statut social, s’aliéner, se séparer de tous ses biens, vendre son âme, détruire sa vie. Kim Hye-Ja ne fonctionne plus qu’à l’instinct, un instinct de survie qui passe par son fils.

Bourré d’instants de poésie, de plans qui prennent leur temps, d’émotions indicibles qui prennent pourtant aux trippes, « Mother » est surtout une incroyable galerie de personnages. Pas une galerie de personnage comme on l’entendrait chez les Frères Coen, mais plus un panel qui donne une profondeur incroyable et une aura particulière à la ville. Oui une fois de plus, il s’agit d’un film sur le milieu, un instantané de la Corée et de ses paradoxes. Sans jamais être mis au premier plan, sans jamais choquer le spectateur, sans jamais lui être imposé, l’analyse des mutations sociales du pays sont bien présentes. Ici les pauvres à la vie traditionnelle ne s’opposent jamais aux riches à la vie moderne, et pourtant « Mother » transpire de cette opposition propre au quatre dragons et surtout aux bébés tigres.

Joon-Ho Bong pourrait réaliser un film de science-fiction spatial qu’il arriverait quand même à vous parler de la culture coréenne et à vous dépayser non pas avec des images mais avec des attitudes. Une belle preuve que la force évocatrice d’un réalisateur peut se faufiler dans les moindres détails d’un film, tout en tournant le dos aux plus élémentaires composantes.

Note : 8/10

>> A lire également, la critique de Rob Gordon sur Toujours Raison

THESE NEW PURITANS - Hidden [5/10]

These New Puritans HiddenElectro-Rock anglais / 2010. Les tentatives d’opprobre d’un média musical contre un autre média musical m’ont toujours laissé un goût amer dans la bouche. J’éprouve un vrai malaise à voir certains s’évertuer à discréditer les goûts, l’approche, le ton ou les petites manies de tels ou tels autres "concurrents". La critique musicale n’est pas un champ de bataille économique où l’objectif est de gagner des parts de marché. La jalousie des petits envers les gros tout comme le mépris des gros envers les petits me semble déconnecter des ambitions « culturelles » et de la volonté de partage qui est sensée nous animer. Argumentées ou non argumentées, avec ou sans notes, réfléchies ou impulsives, de quelques lignes ou de trois pages, toutes sortes de critiques peuvent me marquer à un instant T.

Evidemment, je me retrouve mieux dans certains médias que dans d’autres. Les critiques sont parfois comme des auteurs. Il y a des textes qui nous touchent et des orientations qui nous laissent froid. Il arrive évidemment que je trouve certaines critiques d’une profonde vacuité et que je conspue des tons condescendants ou des provocations trop grossières. Mais jamais, il ne me viendrait à l’esprit de venir m’en offusquer ici au sein d’un article. C’est comme quand un groupe dit du mal d’un autre, il y a un côté enfantillage, un côté je définis ma position par rapport à la tienne. « Peu importe ce que je fais, l’important est de souligner que c’est mieux que toi ».

À critiquer celui qui critique afin que les gens qui lisent des critiques puissent mieux orienter leurs lectures de critiques, ne finit-on pas par se mordre la queue ??? A tort ou à raison, j’ai toujours pensé que les gens qui lisaient des critiques de disques n’étaient pas forcément des oisifs pour qui la quête de la sainte pensée musicale était une notion qui avait du sens. Bien heureux que des gens lisent encore des critiques de disques ! N’allons pas en plus leur imposer des chamailleries internes !!! Autant la prospection musicale à du sens, autant le lecteur est assez grand pour décider quel média il souhaite lire.

Alors vous allez me rétorquer que s’en prendre à ceux qui se critiquent entre eux est également une forme de critique, que je suis le premier à dire du mal de magazines comme Rock’n’Folk, que c’est bien un comble ces critiques qui n’aiment pas être critiqués… J’aurais plein de réponses à tout ça, mais est-ce que cela a vraiment une importance ?

Au final, toutes ces discussions autour des critiques m’ennuient. Moi qui adore découper les cheveux en quatre, moi qui peut trouver l’exercice intellectuel stimulant, moi qui ait été également le premier à me sentir concerné par ces considérations, je suis fatigué. La moindre anicroche twittospherique sur le sujet peut m’épuiser. Et pourtant Dieu sait que j’aime le débat.

Débattre, oui ; me battre, non ; je n’en suis plus capable. Je ne veux pas de contraintes, pas de poids, je ne veux pas assumer la moindre responsabilité, je suis fatigué et faible. Et puis j’ai confiance en moi, je ne ressens plus le besoin d’échanger là-dessus, de défendre mes points de vue. Je sais où je vais. Je veux juste parler des disques que j’aime et que je déteste.

Bref, les saintes croisades se passeront dorénavant de moi. Tant mieux pour elle, ai-je envie de dire.

Pourquoi cette longue (et futile) introduction à la critique de cet album de These New Puritans ? Et bien justement parce que, n’ayant pas peur des paradoxes, j’ai eu envie d’écrire sur ce « Hidden » suite à l’incompréhension qu’avait suscité chez moi le texte dithyrambique de JD Beauvallet, l’une des belles plumes des Inrockuptibles. Non pas que je pense que cette critique soit un torchon (comme je le disais une telle affirmation me paraîtrait fort inappropriée et d’ailleurs celle-ci me satisfait totalement dans sa forme) mais vraiment dans le sens où elle m’interpelle. Comment peut-on écrire à propos de ce disque : « Mais on n’imaginait pas ces jeunes Anglais capables d’un disque aussi secouant, mutant et déstabilisant que l’immense Hidden. » ? Est-ce que je passe à côté de quelque-chose ? Suis-je formaté pour détester cet album ? Je suis perdu dans les méandres de l'incompréhension. Si comme je le pensais tout le monde s’était accordé sur l’aspect nocif (mais non corrosif) de cet album, sûrement aurais-je oublié d’essayer de dissuader quiquonque de l’écouter. Mais là, je ne souhaite définitivement pas garder toute cette incompréhension pour moi.

Lorsque je lis : « La pop, sans la niaiserie : quand on évoque le fascinant dédale que constitue Hidden, quand on s’emballe, frustré par l’humilité de notre interlocuteur, pour crier au génie, Jack Barnett, tête fûmante du groupe, répond : "C’est juste un album pop." », je me demande avec qui de JD Beauvallet ou de Jack Barnett, je suis le plus en désaccord. Ce n’est pas parce que le chant se fait sérieux sur « Three Thousand » que ce spoken word et ces instrumentations de cirque en sont moins niaises ! Ce n'est pas parce qu'il y a des mélodies sous cette ribambelle de sonorités mensongères, qu'il ne s'agit que de pop ! D'ailleurs à l'écoute de « We Want War » c’est surtout dans la catégorie comédie musicale qu'on a envie de classer These New Puritans : Ça danse, il y a de la mise en scène, une ombre maléfique prononce des dialogues angoissants tandis que dans l’obscurité un monstre déclame en boucle les mêmes mots. Fermez les yeux, on s’y croirait : Vous êtes à Bercy avec vos enfants ! Pas entrain d'écouter un disque de "pop" !

Ici l’expérimentation (que certains associeront trop vite à du génie) se résume à une simple juxtaposition d’éléments que nous n’avons pas l’habitude d’entendre ensemble, et ce pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont rien à faire dans là même pièce. Les effets jazzy de « Hologram » s’accordent mal avec cette voix forcée, avec cette fausse préciosité, tandis que les rythmiques plus rock échouent à noircir le message mystique de « Orion ».

Du coup, que devient ce “J’ai toujours préféré la pop expérimentale au rock expérimental, plus prétentieux et hautain. La pop parle de manière plus directe.” ? Cela débouche sur des titres aux accents R’n’B "artistiquement recrédibilisés" par des rythmiques tribales et des coeurs apparemment dédiés à l’envoûtement. (« Attack Music »). Quelle brillante idée ! Prenons les éléments de ce qui provoque une réaction épidermique positive immédiate et passons les dans la moulinette Animal Collective afin d’être labellisé ! Que faire d’un disque si démonstratif au point de caler un interlude d’inspiration classique (« Canticle ») ?

Ce qui est dommageable là dedans, c’est qu’une chronique trop élogieuse sur un disque en demi-teinte pousse forcément à chercher les vices cachés, à passer au crible les chansons. Et au lieu de trouver le génie, on finit malheureusement par trouver l’ennui. Néanmoins, la posture « contre » n’implique pas de fustiger « Hidden » sur la place publique. Malgré son incohérence et son manque de retenue perpétuelle, il faut bien lui accorder l’envie d’essayer de faire quelque chose de nouveau, et des mélodies qui remplissent à merveille le cahier des charges en créant dans le salon des Dancefloor Autonomes Temporels (« Fire-Power »). De plus, par moment, les grossières intentions finissent par sincèrement intriguer. Il y a quelque chose de tacitement mystérieux dans « Drum Courts - Where Corals Lie » !

« Mais on n’imaginait pas ces jeunes Anglais capables d’un disque aussi peu cohérant, ayant autant la folie des grandeurs que cet écœurant Hidden ! »

Se moquer de la cohérence de These New Puritans après avoir écrit une critique si décousue et bien moins tenue que celle de mon homologue, possède un aspect ironique qui ne vous aura pas échappé. Mais bon je ne suis plus à une contradiction près.

Et puis merde, arrêtez de perdre du temps à lire des critiques, et allez écouter des disques !

Note : 5/10

REVERSE ENGINEERING - Highly Complex Machinery [8/10]

Reverse Engineering Highly Complex MachineryAbstract Hip Hop helvétique / 2010. C’est incroyable comme l’homme oublie vite, comment une nouvelle habitude prend le pas sur l’ancienne, comment l’intensité du présent peut vous faire oublier un amour du passé. Mais quelles que soient nos faiblesses humaines, il y a toujours un manque indolore qu’une simple scène, qu’un simple effluve peut pourtant faire renaître. J’ai ainsi eu tendance à oublier ces derniers temps combien l’abstrackt hip hop avait joué un rôle important dans mon initiation musicale, comment il avait réussi à donner du sens et à réunir des courants qui s’opposaient chez moi. Après avoir écouté avec dédain le nouvel album de Blockhead, il me fallait bien ce second opus de Reverse Engineering pour raviver mes souvenirs.

Les voix electroniques dialoguent avec des samples orientaux, les beats fusent comme chez Warp (« Highly Complex Machinery »). L’entrée en matière ne laisse que peu de doute, Reverse Engineering reconstruit avec « Miracle That Glows » le pont entre les boucles electroniques de Sixtoo, les expérimentations d’Anticon, et le sens de l’alchimie de DJ Vadim. Pas très étonnant avec tout cela de retrouver M Sayyid d’Antipop Consortium et de Airborn Audio sur trois titres, et Blu Rum 13 de One Self sur deux. Si je suis un peu moins sensible au flow féminin de Diyala qui a par moment tendance à se croire un peu trop sur un album de Limp Bizkit (« World In Reverse »), je reste persuadé que le diptyque « Fly » et « Defiance » attise le feu avec brio.

Entre les morceaux les plus hip hop, on retrouve de l’électronica ambiante aux beat lourds et aux accointances trip hop (« Instant Art »), on observe des boucles qui s’unissent comme sur un vieux Dj Krush (« Romeo Echo »), des expérimentations qui finissent toujours par se laisser dominer par les mélodies (« Six Clicks »). C’est la force du style : ne jamais être trop intrusif et toujours trouver le juste dosage entre les différents courants (« Harmosorus »).

On regrettera juste que le trio helvète n’évite pas toujours les passages obligés du genre avec quelques moment convenus qui pourraient laisser poindre un certain manque d’originalité. On aimerait parfois y sentir plus de liberté par rapport aux maîtres du style et y croiser des envolées techniques à la Depth Affect.

« Highly Complex Machinery » se termine sur une confrontation entre les deux MC phares de l’album (« Future Shock »). Les deux descendants légitimes du trône y combattent jusqu’à la mort dans une arène déchaînée. Il n’y aura pas de perdant, pas de vainqueur, juste un public à genoux, le souffle coupé mais le cœur rempli.

S’imposant non seulement avec aisance comme un digne compagnon de route pour Antipop Consortium, Reverse Engineering permet surtout de faire remonter à la surface un trésor que les « nouvelles tendances » avaient englouti.


Note : 8/10

HOT CHIP - One Life Stand [6/10]

Hot Chip One Life StandElectro Pop anglaise / 2010. Hot Chip a toujours été un groupe du paradoxe. Successivement brillant ou insipide, défricheur ou radoteur, excitant ou ennuyant, il écrit la musique de demain tout en livrant une triste parodie de celle d’hier. D’une chanson à l’autre, les émotions vacillent. On passe du sublime à l’inconsistant, on ne sait sur quel pied danser.


Plus que jamais, « One Life Stand » est un manifeste de ce paradigme. « Thieves in the Night » est une lueur d’espoir, l’impression que Hot Chip a enfin choisi la lumière, qu’il a enfin choisi d’assumer avec grandeur son statut. Il allie ici la beauté de la pop, l’ivresse de l’electro, et les remises en question de l’expérimental. On serait à deux doigts d’évoquer Radiohead de par cette exigence de chaque mesure.

Malheureusement les anglais revoient rapidement leurs ambitions à la baisse, décidant de faire le minimum syndical et de livrer une electro-pop douce et agréable qui manque pourtant de conviction (« Hand Me Down Your Love »). L’utilisation de l’auto-tune qui sied si bien à Kanye West prend ici des aspects putassier, une impression désagréable que le groupe compose dans l’espoir de se faire remixer et de passer dans les clubs du monde (« I Feel Better »). Quitte à vouloir défier le dancefloor, Hot Chip ferait aussi bien d’assumer ses côtés house et laisser les beats voler la vedette sur certains titres.

Cependant, les jambes réclament en continue de revenir encore et encore à « One Life Stand ». Malgré ses écarts, l’album possède un pouvoir addictitif indéniable. Malgré les sonorités 8-bits affreusement ringardes de « One Life Stand », on se retrouve embarqué par des mélodies qui possèdent la fraîcheur de Phoenix. Malgré sa ligne mélodique un peu convenue, « We Have Love » fait hocher la tête et le cœur. Malgré tout, Hot Chip reste un groupe aussi léger qu’intéressant.

Mais ce qu’il y a de plus succulent, c’est sa capacité à écrire des hymnes electro pop qui pourraient aussi bien rappeler Depeche Mode (« Brothers ») que redéfinir le futur de la pop (« Take It In »). Oui Hot Chip c’est avant tout une parfaite illustration de l’adjectif retro-futuriste. Quel dommage que le groupe ne soit pas plus exigeant, qu’il se perde dans des mièvreries qui dégoulinent le long des synthés (« Slush »), et qu’il se livre à des sucreries écœurantes qui ne font illusion que lors des premières bouchées (« Alley Cats »).

Avec « One Life Stand », Hot Chip reste le même groupe en devenir, celui pour qui l’adhésion ne sera jamais totale, mais dont on attendra toujours un grand album.

Note : 6/10

>> A lire également, la critique de Chroniques Électroniques,la critique de Mutapop sur Branche Ton Sonotone, l'article bref et synthétique de 2Ben sur My(Good)Zik

THE SOFT PACK - The Soft Pack [7/10]

The Soft PackIndie Post Punk américain / 2010. Alors que le rock indé traverse une vraie crise et qu'il déborde de prétendants ayant leur avis sur la manière dont il doit sonner, un courageux groupe de San Diego vient taper dans la fourmilière, et foncer tête baissée dans le tas.

« C’mon », au même titre que le groupe, n’aurait pu être qu’une vaine tentative Garage Rock de plus mais dès la violence du premier break, on réalise qu’une tout autre rage habite le quatuor. Des relents post punk inondent le disque, on pense successivement à Wire (« Down On Loving ») à Q and not U (« Pull Out ») voir même à Gang Of Four. Le synthé rétro de « Move Along » permet de mettre le doigt sur une autre influence que le timbre de la voix nous indique depuis le début : il y a du Rolling Stones chez The Soft Pack !!!

Mais avant toute chose, ce premier album éponyme est porté par un single générationnel comme beaucoup groupe souhaiterait avoir le talent d'en écrire. Le bien nommé « Answer To Yourself » est aussi immédiat qu’un hymne power pop tout en étant implicitement marqué du sceau de Sonic Youth. Les guitares crient et la puissance de ce songwriting indé est indiscutable. Tout ici semble relever d’un mix entre spontanéité et hommage calculé.


Sur « More or Less », on pense au meilleur des Libertines et on se plie sous les multiples déclinaison de la jeunesse sonique auquel le groupe arrive à se livrer. Ce disque est vraiment porté par l’urgence (« Flammable »), et sur les dix titres qui composent l’opus, 5 ne dépassent pas les trois minutes. Ca joue vite, c’est incisif et ça évite tout remplissage. Même l’épisode de la balade est relevé.

Certes avec le recul The Soft Pack ne sera peut-être qu’un groupe de plus qui surnage difficilement dans un fleuve sans courant qui a déjà irrigué tout ce qu’il avait à irriguer. Encore une fois il est difficile de marquer les esprits à l’heure actuelle. J’aurais peut-être aimé que ce disque soit plus qu'une succession de titres bagarreurs. J’aurais peut-être aimé voir sa durée de vie s’envoler et ne pas avoir la sensation de connaître l'album par coeur au bout de seulement trois écoutes. Enfin, en ce début d’année où tous les disques « immédiats » m’insupportent, je suis content de pouvoir me rattacher à ce coup d’un soir, à cette baise violente qui n’aura pas de répercussion dans l’avenir et que je finirais probablement même par oublier.

The Soft Pack possède l’impétuosité des Artic Monkeys et la rigueur de The Ikara Colt. J’espère juste qu’ils connaîtront le sort des premiers plutôt que celui des seconds.

Note : 7/10

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SURFER BLOOD - Astro Coast [6,5/10]

Surfer Blood Astro CoastIndie Rock américain / 2010. La semaine dernière, en écrivant sur le premier album de The Soft Pack, j’évoquais brièvement les difficultés que connaissait le rock indé : cette surcharge de noms qui défile plus vite dans les pages du NME que dans les bacs ; ce nombre incroyable de groupes qui finissent par tous se ressembler sans donner à l’auditeur l’envie de les extraire de la masse. Surfer Blood est de cela. Il s’agit probablement d’un bon groupe mais l’envie est-elle là ?

« Floating Vibes » possède une certaine densité, le son est ample, et la mélodie ne cesse de se dérober. Pourtant on peut rapidement être un peu irrité par ce coté gentilles mélodies à la Beach Boys qu’on essaye de cacher artificiellement sous un mur de guitare. C’est cette contradiction entre adhésion et agacement qui sera souvent au cœur du débat. « Astro Coast » joue avec brio des différents niveaux de lecture. Effectivement, dans ses grands moments, il s’avère à la fois complexe et profond, sans jamais renier des mélodies power pop puissantes. Ainsi Surfer Blood rappelle indéniablement dans ces passages les plus rock le « Pinkerton » de Weezer (« Twin Peaks »). Mais, heureusement ou malheureusement, l’ouverture du groupe va bien au de là.

Les influences de « Take It Easy » semblent à la première écoute un peu opportunistes. N’a-t-on plus le droit de faire de la musique aux Etats-Unis sans afficher des influences world ? Faut-il faire vœux d’allégeance à Animal Collective et Yeasayer ? Doit-on forcement jouer de ces harmonies vocales pour s’assurer une place de soi chez Pitchfork ? Si la démarche intrigue, il faut bien avouer qu’on se trouve à un tout autre niveau de talent que chez Vampire Weekend, même si cela n'incite pas à baisser à sa garde.

Sur « Astro Coast », il faudra souvent faire avec ses émotions contraires, émotions de plus en plus difficiles à analyser du fait que la partie la plus sombre semble bien enfouie au plus profond du subconscient. Puis-je vraiment exprimer avec des mots ce que je n’aime pas sur « Anchorage » ?


« Harmonix » est un grand titre de pop bordé par des guitares protectrices et lumineuses. « Neighbour Riffs » est un instrumental qui laisse une basse quasi post-punk trancher l’album en deux parties. Alors qu’au contraire, le diptyque « Fast Jabroni » / « Slow Jabroni » ne jouera pas en la faveur du groupe de Palm Beach. La première partie rappelle le rock mièvre des insipides Girls et ses références trop forcées, tandis que la seconde ne provoque pas la moindre réaction épidermique.

Perdu au milieu de leur talent et de leurs choix artistiques discutables, je suis confusion. Définitivement le genre de disque sur lequel je vais changer d’avis tous les trois jours.

Note : 6,5/10

MIDLAKE - The Courage of Others [6,5/10]

Midlake The Courage of OthersFolk américaine / 2010. « The Courage of Others » est la traversée maritime d’un groupe de vikings en quête de rédemption. Perdu dans un grand océan qui regorge de dangers, Midlake livre sa complainte de l’âme. La boussole est cassée, les vivres s’amenuisent mais les chants redoublent de volume et d’énergie. Il y a quelque chose de mythologique dans « Small Mountain » et dans « Core of nature », l’impression d’écouter la BO de L'Iliade et l'Odyssée d'Homère. C’est intriguant, dérangeant, mais pas forcément toujours réussi.

Avec les deux premiers opus, nombreux d’entre nous avaient vu dans Midlake une alternative crédible à Mojave 3. Malheureusement, le groupe semble aujourd’hui pris au piège de son propre songwriting écrivant encore et encore la même chanson. Le concept de tourbillon hypnotique est implicite mais laisse sur sa faim (« Children of the Grounds »). Si les éléments varient, si une guitare acoustique vient remplacer une brise électrique, il est néanmoins impossible de se détacher de l’idée que le groupe entonne à chaque escale la même rengaine.

Certes, il est aisé de se perdre jusqu’à l’horizon avec des titres comme « Ruler, ruling all things », il est facile de foncer tête baissée vers l’avenir en vivant l’instant présent de chaque titre, car Midlake possède cette force dans la voix qui ferait trembler bien des monstres des mers. Mais à force de vouloir s’imposer sur ce continent bleu qu’il ne domine pas, le groupe finit par user du mauvais trident.

Les texans se noient ainsi parfois sous des instrumentations trop pompières, dans une grandiloquence qui peut par intermittence rappeler les tristes excès de Muse (« The Horn »). Il y a aussi cette désagréable impression d’écouter la ballade de fin d’album d’un groupe de métal peu habitué à l’exercice (« Acts of Man » qui abuse un peu des arpèges, le début de « The Courage of Others »). S’il n’avait pas ce pouvoir mystique, on en finirait par se demander si Midlake n’est pas qu’un groupe de guerriers médiévaux de plus (« In The ground »).

« The Courage of Others » est un album à l’image du titre « Winter Dies » : bien que totalement imparfait et emprunt d’une démarche opaque dotée de choix artistiques étranges, il n’en reste pas moins un objet excessivement addictif, un triangle des Bermudes que l’on souhaiterait éviter mais qui nous ramène inexorablement à lui. Dans une dernière volonté de lutter, je me forcerais néanmoins à sanctionner les écarts.

Note : 6,5/10