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HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG MELE de David Yates [8/10]

Film américain / 2009. Le truisme, qu’il est pourtant bon de rappeler, est que « Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé » n’est pas un film solitaire mais l’une des pièces d’un puzzle dont le premier bout de carton date d’il y a déjà plus de 8 ans. L’idée de prendre des acteurs de 10 ans, de les suivre tout au long d’une histoire qui se déroule sur 7 ans, de les regarder grandir et de les voir s’affirmer, était en soi un pari risqué, où l’évolution, ne serait-ce que physique, des acteurs constituait une grande inconnue. Cette initiative est, de mémoire de cinéphile, déjà suffisamment insolite pour qu’on accorde à la série l’intérêt qu’elle mérite.

Mais plus encore, l’élément le plus intéressant et rarissime dans la saga Harry Potter est sans nul doute son homogénéité. Malgré 4 réalisateurs aux backgrounds diamétralement opposés – Chris Columbus fait plutôt dans le divertissement familial (« Maman, j'ai raté l'avion », « Madame Doubtfire »), Alfonso Cuaron donne dans le cinéma futuriste et stylisé (« Les fils de l’homme »), Mike Newell est légèrement insaisissable (« Quatre mariages et un enterrement », « Donnie Brasco » et bientôt l’adaptation du jeu vidéo « Prince Of Persia »), quant à David Yates, qui réalise donc les 4 derniers épisodes, il ne s’est illustré que par la mise en scène de la série « State Of Play » récemment adapté au cinéma par Kevin Macdonald sous le nom de « Jeux de pouvoir » - les films n’ont jamais souffert de la moindre incohérence que se soit au niveau des ambiances, du ton ou bien de l’esthétique. Les épisodes s’enchevêtrent aussi bien que dans « Le Seigneur des Anneaux » (la référence absolue en terme d’adaptation de roman dîtes impossible). Pourtant on sait combien un changement de réalisateur peut tout gâcher (confère le catastrophique remplacement de Bryan Singer par Brett Ratner sur la trilogie X-Men).

« Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé » ne se critique donc pas comme un simple stand alone mais bien comme une partie prenante d’un tout. On reproche essentiellement à ce sixième opus qu’il ne s’y passe pas grand chose, que l’on se focalise trop sur les états d’âme du trio Harry Potter / Hermione Granger / Ron Weasley, au détriment de la résolution de l’intrigue et de la mise en suspens des mystères. Oui c’est vrai, le film prend son temps mais qui irait reprocher aux meilleures séries télé, « Lost » en tête, de ne pas développer ses personnages et de laisser la narration et la création d’ambiance prendre le pas sur l’action ?

Ainsi « Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé » possède bien des qualités. Bien qu’on l’ait beaucoup comparé à « L’ordre du Phénix », il y est pourtant supérieur sur beaucoup de points :

- Un gap important a été franchi en terme de réalisation. Ce nouvel épisode est splendide de bout en bout, et multiplie les effets de styles. Les plans séquences sont nerveux (lors de l’introduction où les Mangemorts traversent la ville, lors du trajet en train ou encore lorsque la caméra fait le tour de Poudlard…). La caméra se faufile où elle veut, filmant sous la pluie l’extérieur du magasin Borgin and Burkes avant de traverser la vitre et de transfigurer la colorimétrie visuelle. De nombreuses scènes usent avec délicatesse et raffinement des jeux d’éclairage créant alternativement des ambiances enchanteresses et angoissantes. Quant aux décors, ils sont soignés à l’extrême, regorgeant d’imagination pour permettre à David Yates de donner corps au conte.

- La narration est mieux construite. J’avais beaucoup reproché au cinquième épisode de ne pas s’être plus attardé sur les relations entre Harry et Sirius Black, au contraire ici, tout coule de source sans jamais laisser sous-entendre au spectateur qu’il y a eu de la coupe au montage.

- Enfin, il faut bien l’admettre, « Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé » est particulièrement drôle. Daniel Radcliffe et Rupert Grint révèlent un véritable potentiel comique qui est toujours exploité à bon escient. Ainsi les amourettes adolescentes, passage obligé du développement des protagonistes, sonnent toujours justes en préférant jouer la carte de l’humour plutôt que celle du sentimentalisme.

Alors oui les puristes reprocheront évidemment à cet opus de prendre certaines libertés un peu incompréhensibles avec le roman, comme lors de cette scène rajoutée où les Mangemorts et la toujours très burtonnienne Helena Bonham Carter s’en prennent à la maison des Weasley. On tiquera aussi sur la mise à l’écart de certains personnages comme Alastor 'Fol-Oeil' Maugrey ou des autres frères Weasley, ainsi que sur l'absence du contexte politique. Mais bon l’adaptation en un temps si délimité d’une telle œuvre impose forcément des choix scénaristiques. Ces choix sont parties prenantes de la nature de l’exercice et il serait malvenu de s’en plaindre. Au fond le seul vrai reproche est pourquoi ne pas avoir traité tous les épisodes comme « Harry Potter et les reliques de la mort », c'est-à-dire en les divisant en deux parties afin de coller au mieux au matériel de base, et ce quitte à réaliser certains opus qui auraient manqué un peu de rythme.

Pour conclure, je dirais qu’il est dommage de voir certains mépriser la saga Harry Potter, de n’y voir qu’un divertissement, et de rester dans le cliché de l’œuvre pour enfant. Car à bien des égards, David Yates redémontre, s’il était encore nécessaire de le faire, que la poésie visuelle et la virtuosité technique sont plus que jamais compatible avec l’univers de J.K. Rowling.

« Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé » est un très bon film, possédant une galerie de personnages impressionnante (le sinistre Alan Rickman, le mal assuré Tom Felton et le toujours gandalfien Michael Gambon) et qui réussit le pari de rendre crédible et cohérent un épisode qui opposait deux aspects antimoniques : la découverte de la puberté et l’accroissement de la noirceur des protagonistes. A mon avis, nombreux sont les réalisateurs qui s’y seraient cassés les dents.

Note : 8/10

Concours ROCK EN SEINE 2009


Dans le cadre d’un partenariat avec le festival Rock En Seine, Playlist Society vous fait gagner un pass pour deux personnes pour la journée du 29 Aout (la journée de Faith No More) tous les mercredis du mois de juillet ainsi qu’un dernier pass en août.

Ce billet sera donc réactualisé au fil de l’eau, dévoilant les nouvelles questions et les nouveaux noms des gagnants.

Les modalité du concours sont les suivantes : une question est posée et le premier à donner la bonne réponse dans les commentaires empoche le pass. Dès sa victoire officialisée, il n’aura plus qu’à m’envoyer un mail à contact [@] playlistsociety [.] fr, avec ses nom, prénom, adresse mail et numéro de téléphone, Rock En Seine lui transmettra ensuite directement les invitations.

Le concours se déroulera aux dates suivantes, la question sera dévoilée sur ce post à une heure aléatoire de la journée.

Pass 1 :
Question : Sur quel album sorti récemment sur Ipecac (le label de Mike Patton, l'emblématique leader de Faith No More) le guitariste de Tool, apparaît-il sur plusieurs titres ?
Réponse : "Wavering radiant" de Isis
Gagnant : Thibault F

Pass 2 :
Question : Comment s'intitule le dernier album du groupe présent cette année à Rock En Seine dont le concert à l'Hippodrome d'Enghien-Les-Bains en 1997 avait résonné dans tout le 95 ?
Réponse : "Invaders must die" de Prodigy
Gagnant : galore


Pass 3 :
Question : A venir le mercredi 22 juillet
Gagnant : ?

Pass 4 :
Question : A venir le mercredi 29 juillet
Gagnant : ?

Pass 5 :
Question : A venir le mercredi 12 août
Gagnant : ?

Toutes les informations relatives au festival Rock En Seine et plus spécifiquement à la programmation du samedi 29 sont disponibles sur le site : http://www.rockenseine.com/

PUBLIC ENEMIES de Michael Mann [3/10]

Policier américain / 2009. C’est toujours un peu le même problème avec ce genre de film estampillé « tiré d’une histoire vraie ». Dès que vous les attaquez sur les faiblesses de leur scénario, on vous rétorque, « Oui, mais tu comprends le réalisateur a voulu rester fidèle à l’histoire ». Bullshit, on ne réalise pas des films comme « Public Enemies » pour en faire des manuels scolaires, pour compter la vie d’un homme en n’entachant en rien la réalité et en ne cessant de prendre des gants avec la personnalité des personnages. Michael Mann nous avait promis un duel au sommet entre Johnny Depp et Christian Bale, quelque chose qu’on ne pouvait imaginer autrement que comme une version rajeunie du moment de cinéma entre De Niro et Al Pacino dans « Heat ». Au lieu de ça, il nous sert un biopic sans âme où les acteurs ne sont que des pantins noyés dans un film dont ils ont l’air d’être les premières victimes.

Le scénario est creux, vu et revu, dénué de la moindre prise de risque. Michael Mann place « Public Enemies » sur des rails et ne fait que s’assurer de temps à autres que le film n’a pas changé de trajectoire. Les dialogues sont inexistants, et l’émotion est loin de passer par le silence. Qui a envie d’entendre Johnny Depp demander à une Marion Cotillard nue dans son bain, si cette dernière souhaite qu’il la rejoigne avec son gros calibre ? Un peu de sérieux tout de même ! Même Fred Copula écrit de bien meilleures répliques ! Ainsi les acteurs ont l’air de s’ennuyer autant que les spectateurs. Eux aussi, enchaînent les casses de banque, les passages en prison et les fusillades avec l’inévitable monotonie de ceux qui savent qui sont condamner à aller jusqu’au bout du film. Christian Bale fait ici l’acteur secondaire totalement sous exploité tandis que Johnny Depp est inexpressif comme pour donner une aura à un personnage qui n’en a aucune. Michael Mann dira sûrement qu’il a voulu montrer la face sombre de l’acteur, mais combien l’on fait avant lui avec tellement plus de talents (Jim Jarmush / Tim Burton) ?

Malgré l’apathie qui envahit le spectateur, Michael Mann sauve évidemment son film du désastre via une réalisation qui, comme toujours chez lui, prend les rênes. C’est simple, réaliser un joli plan a toujours l’air plus important que de donner du corps à un personnage. Ainsi visuellement parlant ce « Public Enemies » est un pur régal. On sent les longues heures de réflexions derrière chaque image, et on savoure en vrac : la scène de l’extradition avec sa colorimétrie si particulière, les guns fight filmés en DV, Johnny Depp marchant seul dans le commissariat, contemplant les photos de ses collègues décédés, et puis surtout la séquence dans le cinéma où la légende hollywoodienne crée un inévitable parallèle avec la réalité, via une jolie mise en abyme.

Mais surtout, et c’est peut être la seule chose à retenir de « Public Enemies », les morts des personnages sont sublimées, c’est le seul moment où on entrevoie leur regard, c’est le seul sujet que John Dillinger et Melvin Purvis aborderont lorsqu’ils se croiseront furtivement quelques secondes. Avant leur mort, les personnages ne sont que des marionnettes anonymes qui courent partout le fusil à la main : la mort leur donne la vie et leur confère une identité, une place dans le film.

Dommage que la caméra ne serve pas aussi de machine à écrire… Car sorti de ça le film enchaîne les faux pas, les moments de non émotion, les cassures de rythmes liées à une utilisation accrue de la DV qui rend fade les autres passages (comme la rencontre John Dillinger / Billie Frechette). A la fin, lorsqu’on apprend lors de l’épilogue textuel que Melvin Purvis finira par se suicider, on n’est presque étonné de ne pas l’avoir deviné nous même tant le personnage a été bien développé dans le film (sic).

Donc maintenant ça suffit, il faut arrêter de se mentir. Ok Michael Mann est un technicien hors-pair, ok « Heat » a donné un sacré coup de jeune aux duels flics vs bandits, mais à part ça, hein ? « Le Sixième Sens » n’a pas très bien vieilli, « Révélations » peine à s’imposer comme un thriller économique, « Ali » n’est rien de plus qu’un un honnête biopic calibré cérémonie des oscars, « Collateral » est plombé par un dénouement ridicule et tellement prévisible et « Miami Vice » est une grosse bouse américaine qui comme ce « Public Enemies » n’est sauvée que pas sa réalisation à l’avenant.

Au jeu du « je mise tout sur l’esthétique visuelle » je préfère cent fois le dernier David Fincher. Michael Mann n’est pas des réalisateurs qui comptent, il serait temps de l’officialiser.

Note : 3/10

ST VINCENT - Actor [9/10]

Folk américaine / 2009. St Vincent aurait pu être un projet pop-folk de plus comme il en court actuellement les disquaires, une musique diaboliquement légère où viendrait se glisser à leur guise violons, élucubrations médiévales, chœurs raffinés, quelque chose qui serait délicieusement beau mais peut être un chouia aseptisé. Heureusement dès « The Strangers », Annie Clark prouve que « Actor » sera bien plus que "délicieusement beau", il sera "délicieusement beau et torturé". Avec sa guitare aux relents noisy, il prouve dès le premier titre que la noirceur pourra s’insuffler dans la moindre de ses mélodies et nous embarque alors dans un compte féerique où une jeune femme, au regard vert bleuté qui transperce la nuit, traverse sur 11 pistes une forêt magique à la végétation luxuriante mais aux arbres maléfiques.

Sur ce deuxième opus, St Vincent devrait rallier tout le monde à sa cause via des chansons aux constructions passionnantes (« The Neighbors »), aux instrumentations richissimes (« The Bed »), à la voix d’une douceur exquise (« The Party »). « Actor » est ainsi un disque qui peut se revendiquer de tous les courants piochant dans la folk classique comme chez des groupes de la trempes d’Arcade Fire, n’hésitant pas à faire rugir des sonorités plus extrêmes (la fin de « Actor Out of Work », et l’incroyable montée en puissance de « Black Rainbow ») et à produire des sucreries pop qu’on laisse longuement fondre sous la langue (« Laughing with a Mouth of Blood »).
Rien ne semble exclue pour Annie Clark, même pas de produire une chanson quasi dansante comme « Marrow » avec ses sonorités étranges sorties tout droit de chez Nine Inch Nails. Là encore les thématiques de la pureté et de la noirceur s’opposent dans un duel qui ne laisse pas la place au manichéisme ; tout s’entremêle dans un tourbillon dont il me paraîtrait malhonnête de prétendre sortir indemne.

Comme beaucoup de chef d’œuvre qu’on ne sait comment aborder, il m’aura fallu du temps pour écrire sur St Vincent, pour trouver les mots justes, mais je suis ravi d’enfin publier cette chronique sur « Actor » un des disques qui ne me quittera pas en 2009.

Note : 9/10

A lire aussi les chroniques d’Erwan et de Cécile

JAPANDROIDS - Post Nothing [9/10]

Noise canadienne / 2009. « The Boys Are Leaving Town » qui ouvre l’album ne donne que peu d’indications sur les abymes dans lesquels va nous emmener « Post-Nothing » : shoegaze, noise, rock à guitare. Il y a de la noirceur, du solo de guitare compréssé, une voix émo. Le titre est brillant sans jouer la carte du positionnement inédit. « Young Hearts Spark Fire », de la même manière, cache bien son jeu. Avec un riff au début très rock anglais, il ne tarde pas à dévoiler une production rauque à la Shellac, il ne manque qu’une basse pour que je cite Fugazi. Ah oui parce que, je ne vous l’ai pas dit - et au vu du boucan provoqué, personne ne pouvait s’en douter - Japandroids est un duo guitare-batterie en provenance de Vancouver. Comme des groupes comme Lightning Bolt ou Death From Above 1979, Japandroids prouve qu’il n’y pas besoin d’être des milliers pour créer un vacarme de tous les diables.

« Wet Hair » maintient la pression avec son riff rotatif. J’ai des frissons dans le dos, comme à la fin d’un Jonathan Coe, ou au début d’une histoire d’amour ; bien que j’ai plus connu ce sentiment avec les livres qu’avec les femmes, la littérature étant un terrain de jeu illimité là où l’amour n’est qu’une succession hasards où les probabilités ne jouent pas en faveur de l’être humain. Serais-je entrain d’avoir le coup foudre pour Japandroids ?

« Rockers East Vancouver » est le coup de massue, la confirmation que j’attendais. Il possède l’énergie et la puissance émotionnelle d’At The Drive-In, ce qui fait de lui, avec sa mélodie imparable, un puissant chant de ralliement indé. A l’instant présent, je ne souhaite qu’une chose : que mes acouphènes disparaissent à tout jamais et pouvoir filer voir le groupe sur scène. Japandroids redonne un coup de frais au noise garage punk rock et ce via de légères touches d’emocore.

« Heart Sweats » rappelle dans sa rage contenue certains aspect des morceaux les plus calmes de Refused voir de Deftones. On sent le groupe prêt à partit dans les extrêmes à n’importe quel instant. On regrette presque qu’il ne parte pas complètement dans la folie, que les cris et les breaks hardcore ne s’immiscent pas dans ce sombre monde. « Crazy/Forever » est un modèle du genre en terme de construction de mur du son. Le groupe ne lâche rien sur « Sovereignty » et introduit un morceau hypnotique, où l’on jurerait entendre deux guitares. « I Quit Girls » clôture ainsi l’album en aspirant définitivement l’auditeur.

Que dire de plus sur « Post-Nothing », à part que je viens de ré-appuyer sur « Play » ?

Note : 9/10

PS : Merci à Disso pour la découverte ;)

REVOLVER - Music For A While [8/10]

Pop française / 2009. Avec sa pochette sobre piquée aux Stooges, son nom faisant évidemment référence aux Beatles, sa production bien trop lisse, son lancement marketing aussi bien orchestré que les violons qui parcourent l’album, il y avait clairement de quoi se méfier du « Music For A While » de Revolver. Ça sentait la surproduction anglaise à plein nez et pourtant non seulement Christophe Musset, Jérémie Arcache et Ambroise Willaume sont bien français (information impossible à détecter à l’écoute du disque) mais surtout ils donnent un sacrée coup de pied dans la fourmilière pop internationale.

« Leave Me Alone » est la ritournelle pop caractéristique de l’album : une mélodie parfaite, une guitare qui sait où elle va, une contre-basse aussi chaude que discrète, des jolis chœurs, un texte un peu léger où les “I could drive a car all night long, just to meet you in the morning lights” font légèrement sourire, un intermède à l’harmonica, le tout bordé par une production léchée. « Balilalow » reproduit le même schéma mais en laissant trop de place aux backing vocals. « Back to you » est la ballade pop folk idéale, assez mélancolique pour toucher, assez gai pour plaire au plus grand nombre.

« Untiltled #1 » relance un le disque avec un rythme plus soutenu et un riff plutôt original, on regrette juste que la contre-basse ne soit pas plus mise en avant. En revanche j’aime beaucoup l’idée que sur un disque aussi bien élevé puisse apparaître un titre ne portant pas de nom. Les chansons n’ont pas fondamentalement besoin d’un nom, elles possèdent déjà leur identité propre. Avec « Do you have a gun ? », Revolver lance sa première chanson sombre avec un texte cette fois plus relevé, puis enchaîne direct sur « Luke, Mike & John » une pépite folk qui rappelle Andrew Bird (décidément l’homme de l’année, vu le nombre de critiques où je fais référence à « Noble Beast »).

« A song she wrote » est encore un modèle de pop baroque, ça en devient énervant tant ça semble facile pour le groupe d’écrire des chansons comme ça, d’autant plus que le refrain n’a rien à envier à n’importe quel groupe de brit pop anglais. « Get Around Town » s’annonce aisément comme le single de l’album avec une fois de plus une guitare bien moins anodine qu’il n’y parait et un couple basse/batterie dont la cohésion ne se laisse pas perturber par l’arrivée des violons. Sans vouloir gâcher le suspens, les deux derniers titres sont du même acabit que les précédentes échappées folk.

Revolver et son « Music For A While » frappe fort là où on avait encore que rarement osé frapper en France.

Note : 8/10

WHATEVER WORKS de Woody Allen [9/10]

Film américain / 2009. Woody Allen c’est un peu l’inverse de Michael Jackson : tandis que tout le monde pense le second mort, alors qu’il est probablement entrain de siroter des mojitos avec Elvis, nous allons tous voir des films du réalisateur new yorkais persuadé que ce dernier est toujours en vie alors que c’est à coup sûr un clone à l’IA surdéveloppée ou un fils spirituel qui se tient derrière la caméra. Clairement comment imaginer que « Whatever Works » puisse être l’œuvre d’un génie du cinéma âgé de 74 ans, alors qu’il a tout, dans ses qualités et ses défauts, du premier film d’un jeune réalisateur indé ? « Whatever Works » décontenance par sa fraîcheur et son mauvais esprit. Mais la vérité est ailleurs, comme Clint Eastwood, Woody Allen poursuit juste sa boulimie créatrice, essaye de rentabiliser le temps à son maximum et sort des films à la même cadence que The Mars Volta publie des albums, soit en s’imposant un minimum de une fois par an.

« Whatever Works » se focalise sur la prestation de Larry David qui reprend dans les grandes lignes son personnage (c'est-à-dire lui-même) de la série qui l’a fait connaître : « Curb your enthusiasm ». Il en devient une sorte de mélange entre Woody Allen, Jack Nicholson dans le « Pour le pire et pour le meilleur » et Sheldon (« The Big Bang Theory »), une sorte de génie aigri, brillant, misanthrope, hypocondriaque, méchant, narcissique, sarcastique et forcément très attachant. Typiquement le genre de personnage à la philosophie et à la répartie saisissante qu’un jeune réalisateur aurait eu envie de mettre en avant dans un premier film cynique et immature. Jouant à fond la carte du mauvais esprit, se permettant une blague inouïe à la South Park sur les camps de concentration, attaquant la bienséance avec l’insouciance et la rébellion des plus jeunes, le couple Allen/David s’en donne à cœur joie. De plus, le film n’est pas exempt de défauts, mais il s’agit typiquement d’erreurs de jeunesse. Le fait que Larry s’adresse directement au spectateur, l’aspect vaudevillesque créée par les réapparitions des parents de Mélody, le côté un peu facile du positionnement politique bien trop manichéen, tous ces éléments sont autant de signes caractéristiques des premiers films où le réalisateur a besoin de dévoiler, de révéler sa personnalité, ses qualités et ses défauts et ce sans aucun souci de retenue.

Si le premier angle d’analyse est évidemment de voir dans ce « Whatever Works » un véritable retour aux sources pour celui qui aura quand même calé sur la pellicule une bonne quarantaine de films, avec un taux de réussite des plus honorables (plus de déceptions que de réels mauvais films au final), une deuxième hypothèse serait évidement de voir dans ce film une synthèse de l’œuvre de Woody Allen. Voyant ses forces diminuer, Clint Eastwood avait fait de « Gran Torino » un véritable testament cinématographique, où pour la première fois il préférait le sacrifice à la vengeance. On peut voir la même approche dans ce dernier Woody Allen tant celui-ci synthétise les thèmes chers aux réalisateurs tout en leur donnant une véritable conclusion.

Film choral, chassés croisés amoureux, déclarations socio-philosophiques, apologie d’une gauche bobo juive face à une droite conservatrice, nouvelle déclaration d’amour à New York… le tout porté par une noirceur plus « typiquement allenienne » que celle « Match Point », Woody Allen réussit enfin à mélanger dans des proportions égales pessimisme et optimisme. A 74 ans il semble enfin réussir à faire cohabiter ses deux visions de la vie, ses deux personnalités, le Woody Allen drôle et le Woody Allen triste.

Alors bien sûr à la sortie de la salle, Matthieu, Marien et moi-même nous nous sommes interrogés sur les risques de finir un jour aussi aigri que Boris Yellnikoff, mais la réponse s’est imposée d’elle-même : Whatever Works. Soit la plus belle des conclusions que Woody Allen pouvait donner à une si longue filmographie.

Après « Vicky Cristina Barcelona », « Whatever Works » épate. Bien malin celui qui pourrait deviner l’âge du vieux singe juste en regardant ses films.

Cette critique, c’est un peu comme une palme d’or qui récompense plus l’ensemble de la carrière que le film en question.

Note : 9/10

LE KLUB DES 7 - La classe de musique [7,5/10]

Hip Hop français / 2009. « 3615 TTC » de TTC était tellement médiocre qu’il a mis à lui tout seul un terme à 10 ans de rap français alternatif. L’abstrackt hip hop à la Française, celui qui collaborait avec Buck 65, DJ Vadim, Dose One ou encore MF Doom est mort en 2006. Toute cette frange qui aurait pu s’affirmer comme l’équivalent européen d’Anticon s’est volatilisée d’un coup, acculée par les égo-trips de Teki Latex. Avec « 3615 TTC », l’esprit d’équipe a disparu et l’impression que chacun a dès lors fait sa route de son côté reste encrée en moi : La Caution, Paraone, Tacteel… Ah oui, il restait bien Le Klub des 7, mais entre le décès de Fredy K dans un accident de moto en 2007, Gerard Baste dont on ne savait pas trop si les problèmes cardiaques étaient complètement derrière lui, et Fuzati qui semblait définitivement vouloir privilégier sa carrière d’avocat, on ne comptait plus trop sur eux pour venir raviver la flamme.

Et pourtant Le Klub des 7 revient à 6 dans les faits mais à 7 dans l’esprit. Pour rappel, Le Klub des 7 c’est Fuzati et Detect du Klub Des Loosers, Gérard Baste des Svinkels, James Delleck et Le Jouage d’en autre Gravité Zéro, et Cyanure et Fredy K (RIP) d’ATK. Bref un projet qui rappelle les grandes heures du mouvement, de L’antre de la Folie à QHuit en passant par L’atelier. Bien plus enjoué et funky tout en conservant le mauvais esprit du Klub Des Loosers, le groupe démarre son concept album sur la classe de musique sur « C’est le Klub des 7 », un titre qui pose direct le niveau, en multipliant les jeux de mots sur le chiffre 7, tout en refusant d’abandonner et d’oublier : « Le klub des 7 devait mourir mais c’était trop triste, on revient dans un 4x4 7 roues motrices ».

Dès « Le chiffre impair », on réalise combien le groupe a franchi un gap en terme d’instrus et de mélodie par rapport au premier opus. Les textes sont au top et le sarcasme et le cynisme toujours présents lorsqu’il s’agit de trouver un remplaçant à Fredy K. Trop difficile de vous faire entrer dans l’univers du groupe avec quelques extraits textuels, je reste néanmoins à deux doigt de vous recopier des pants entiers de texte.


Flows rapides et maitrisés, scratchs mortels, boucles enfumés, le Klub des 7 n’a jamais paru aussi fort que sur des titres comme « Le pouilleux Massacreur » (où Fuzati vient cracher sa misogynie toujours si avenante), « Non Monsieur » et surtout « L’appel ». Toujours dans un humour qui parodie à fond le milieu du hip hop, on s’amuse dans ce disque où tous les MCs se mettent dans la peau de jeunes collégiens (« Quand je serai grand »).


Les interludes sont successivement beaux (« On aura tout vu ») ou hilarants (« Martine » et son puissant sample de basse) et confère une vraie plus value à l’album : plus qu’une respiration, ils font parties prenantes de l’ambiance.


Ce qui étonne le plus, c’est l’homogénéité qualitative du disque. Alors que ce type de projet repose habituellement sur quelques titres brillants entourés de face B, « La classe de musique » attaque sur chaque piste. Alors que je mettais tous mes espoirs dans le « Born Like This » de MF Doom, ce sont les mecs que je suivais depuis 10 ans et que je pensais disparus qui sont venus m’apporter « la réponse » hip hop à 2009.


Note : 7,5/10



RANCID - Let The Dominoes Fall [8/10]

Punk américain / 2009. A bien des égards « Let The Dominoes Fall » est l’album punk que j’attendais depuis longtemps, depuis 2003 pour être exact. Effectivement c’était il y a 6 ans que « Indestructible » de Rancid sortait dans les bacs et autant d’années que je n’avais pas écouté un grand disque de punk. De plus « Let The Dominoes Fall » tombe à pic, à peine quelques semaines après la sortie du triste « 21st century breakdown » de Green Day, et est la meilleure réponse que je peux donner à ceux qui m’accusaient de ne pas aimer le punk ou d’au contraire de l’aimer au point de ne pas supporter qu’il puisse s’ouvrir sur la folk et la pop. Ce n’est sans doute pas fait exprès mais « Let The Dominoes Fall » est un pavé jeté à la gueule de Green Day, Rancid réussissant partout, là où le groupe de Berkeley a échoué.

Je vais essayé de ne pas m’enflammer mais dans l’idée « Let The Dominoes Fall » pourrait se placer juste derrière « ...And Out Come the Wolves », le chef d’œuvre du groupe datant de presque 15 ans. Tout en restant aussi technique et aussi « punk », il est aussi plus varié et plus touchant. Green Day voulait faire un Opéra Punk, Rancid lui est un Monument du Punk.

L’album démarre sur « East Bay Night », ce n’est pas « Maxwell Murderer » parce qu’il n’y pas de solo de basse de Matt Freeman, mais tout de même c’est un sacrée retour aux affaires tout de suite confirmé par le rapide et punkisant « This Place ». Sur « Up To No Good », on retrouve les éléments ska qui étaient apparus en 98 avec l’album « Life Won't Wait », c’est très simple, même moi qui considère habituellement le ska comme un sous genre musicale, je confesse sautiller sur ce titre. Plus rock sur « Last One To Die », plus old school sur « Disconnected » ; Rancid semble être de tous les fronts, de tous les combats. Une vraie putain de cure de jouvence.

Pourquoi Rancid domine-t-il de si haut la musique punk ? Car ce sont les seuls qui ont réussi à garder la spontanéité et le côté sans fioriture du style tout en le transcendant techniquement parlant. La ligne de basse sur « New Orleans » en est la preuve. Tout le reste pourrait disparaître, la basse soutiendrait le morceau à elle toute seule. Qui peut se targuer de ce genre d’argument ?

Mais le meilleur est encore à venir. La vraie magie, la vraie révélation vient avec « Civilian Ways », un somptueux titre de folk en mode Bob Dylan où se répètent les mots "I’ll never forget the sacrifices that my friends made for me". Une vraie ballade américaine belle à en pleurer (comprendre quelque chose qui n’a rien à voir avec le « 21 guns » de leurs collègues californiens).

Les voix de Tim Armstrong et Lars Frederiksen se mélangent avec aisance créant un tourbillon qui ne s’arrête jamais. Ces gars là ne connaissent pas la crise de la quarantaine. Branden Steineckert est un nouveau batteur de choix, et redynamise bien les rythmiques sans essayer de s’imposer plus qu’il ne devrait. Sur beaucoup de titres, on se dit que même les Whites Stripes auraient du souci à se faire.

Excessivement varié « Let The Dominoes Fall » devrait convaincre le plus grand nombre : du solo de gratte qui arrache sur « Lulu », du punk californien sur « Dominoes Fall », a nouveau du ska sur « Liberty and Freedom », du Rancid old school sur « You Want It, You got It », et surtout « The Higway » une dernière pépite blues/folk qui clôture l’opus, véritable profession de fois du groupe sur sa conception de la vie.

OK, Rancid ne remplacera jamais les Clash mais actuellement c’est de loin le groupe qui a le plus de légitimité à se targuer d’en être les dignes successeurs.

Note : 8/10

JEUX DE POUVOIR de Kevin Macdonald [4/10]

Thriller américain / 2009. Au premier abord il semble être mal venu de reprocher quoique ce soit à « Jeux de Pouvoir » de Kevin Macdonald, le réalisateur qui a gagné ses lettres de noblesse grâce au très légèrement sur-côté « Le Dernier roi d'Ecosse ». Adaptation fidèle et parfaitement scénaristiquement réussie de la mini série « State Of Play », on se demande sous quel angle attaquer ce film qui fait dans le thriller journalistico-politique haut de gamme. Le rythme est percutant, le montage serré sans être étouffant, la réalisation à l’avenant avec un souci du détail et une variété des plans appréciable, les acteurs font ce qu’ils ont à faire, les dialogues sont plutôt de bon niveau. L’intrigue se déroule tranquillement pour finalement se jouer du spectateur et transformer le complot national en simple histoire de cul qui a mal tourné ("un peu comme dans n’importe quel épisode des Experts ?", allez vous me dire, oui c’est pas faux, mais avec plus de finesse). Tout est propre et maîtrisé, Russell Crowe joue étonnement bien, adoptant un look à la Eddie Vedder de circonstance, tandis que Ben Affleck fait ce qu'il sait faire de mieux : du Actors Studio.

Bref on peut le dire, « Jeux de Pouvoir » c’est du divertissement de qualité, de la grosse production à l’américaine qui sait user de la subtilité et qui laisse au spectateur le soin de lire entre les lignes (à moins que ce soit les nombreuses coupes au montage qui donnent cette impression.). Ainsi sur le fond comme sur la forme pas grand-chose à reprocher à Kevin Macdonald.

Et pourtant, le film laisse un goût fort désagréable, l’impression d’avoir déguster un met sans saveur, d’avoir écouter un disque sans âme. C’est ça ! Il manque d’âme : c’est un film de commande exécuté avec brio mais sans la moindre personnalité. On en arrive même à se demander à quoi peut bien servir ce genre de film. Déjà vu et revu, n’exploitant pas les « à côté » qui donneraient du corps à l’ensemble (comme par exemple le triangle amoureux Cal McCaffrey / Anne Collins / Stephen Collins), ce cinquième long métrage de Kevin Macdonald laisse finalement complètement de marbre tant il manque de prises de risque artistiques. En y repensant, même les scènes qui m’avaient paru correctes lors du visionnage, comme celle au sein du parking, me laisse finalement un souvenir d’une fadeur et d’une banalité non défendable.

Pour résumer, « Jeux de Pouvoir » c’est un peu comme un M&Ms sans cacahouète…


Note : 4/10

PS : Oui la dernière phrase est bien sûr un clin d’œil à l’égard de mes voisins de salle qui devaient avoir pris la mauvaise habitude de manger trop souvent devant la télé. Rarement entendu des gens faire aussi bien craquer des M&Ms sous leurs dents...